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Femmes scientifiques : pourquoi sont-elles encore si peu nombreuses ?

Stéréotypes, orientation, carrières, effet Matilda : pourquoi les femmes restent minoritaires en sciences, et les leviers qui font bouger les chiffres.

Par Agathe Lenoir/Publié le /3 min de lecture
Microscope et carnet de notes sur une paillasse de laboratoire lumineuse
Microscope et carnet de notes sur une paillasse de laboratoire lumineuse
Sommaire
  1. Que disent les chiffres ?
  2. Pourquoi les filles s'orientent-elles moins vers les sciences ?
  3. Que se passe-t-il pendant la carrière ?
  4. Quelles scientifiques ont été oubliées ?
  5. Qu'est-ce qui fonctionne pour changer la donne ?
  6. Quelles pionnières ont ouvert la voie ?
  7. Où en est la France ?

Marie Curie reste la seule personne à avoir reçu deux prix Nobel dans deux sciences différentes. Plus d'un siècle plus tard, les femmes demeurent pourtant minoritaires dans de nombreuses disciplines scientifiques.

Le constat est connu, les causes le sont mieux aujourd'hui. Elles commencent bien avant le laboratoire, dès l'école, et se prolongent tout au long des carrières.

Que disent les chiffres ?

Selon l'Unesco, les femmes représentent environ un tiers des chercheurs dans le monde. La moyenne cache de fortes différences entre pays et entre disciplines.

DomaineTendance générale
Biologie, santéParité souvent atteinte ou dépassée chez les étudiants
ChimiePrésence importante, qui diminue aux postes élevés
Mathématiques, physiqueFemmes nettement minoritaires
Informatique, ingénieriePart très faible, souvent autour d'une étudiante sur quatre ou moins

Un phénomène revient partout : plus on monte dans la hiérarchie, moins on trouve de femmes. Les chercheurs parlent de « tuyau percé » pour décrire ces départs à chaque étape.

Pourquoi les filles s'orientent-elles moins vers les sciences ?

Les écarts de résultats entre filles et garçons en mathématiques sont faibles. Les écarts d'orientation, eux, sont importants, ce qui montre que la question n'est pas celle des capacités.

Les stéréotypes jouent un rôle documenté. Dès l'école primaire, l'idée que les mathématiques seraient « pour les garçons » influence la confiance en soi des élèves, puis leurs choix.

Le manque de modèles compte aussi. Il est plus difficile de se projeter dans un métier quand on n'y voit presque personne qui nous ressemble.

Que se passe-t-il pendant la carrière ?

Les années de thèse et de postdoctorat coïncident souvent avec l'âge où l'on fonde une famille. La précarité des contrats et la mobilité exigée pèsent davantage sur les femmes, qui assument encore une large part des tâches familiales.

Des études ont aussi mis en évidence des biais dans l'évaluation. À dossier identique, une candidature portant un prénom féminin peut être jugée moins favorablement, y compris par des évaluatrices.

Enfin, le travail des femmes a longtemps été moins reconnu. L'historienne Margaret Rossiter a nommé « effet Matilda » cette tendance à attribuer leurs découvertes à des collègues masculins.

Paillasse de laboratoire avec verrerie et cahier de notes ouvert
Paillasse de laboratoire avec verrerie et cahier de notes ouvert

Quelles scientifiques ont été oubliées ?

L'histoire des sciences compte de nombreux exemples. Rosalind Franklin a obtenu l'image par diffraction des rayons X qui a permis de comprendre la structure en double hélice de l'ADN, sans recevoir le Nobel attribué en 1962.

Lise Meitner a joué un rôle central dans l'explication de la fission nucléaire, mais le Nobel de chimie 1944 n'a récompensé que son collègue Otto Hahn. Jocelyn Bell Burnell a découvert les pulsars en 1967, et le Nobel de 1974 est allé à son directeur de thèse.

Qu'est-ce qui fonctionne pour changer la donne ?

Plusieurs leviers ont montré des effets. Aucun ne suffit seul, mais leur combinaison fait bouger les chiffres.

  • Faire intervenir des scientifiques femmes dans les classes, pour offrir des modèles.
  • Former les enseignants et les jurys aux biais inconscients.
  • Allonger les durées de contrat et mieux prendre en compte les congés parentaux dans les évaluations.
  • Rendre visibles les travaux des chercheuses, dans les manuels comme dans les prix.

La Journée internationale des femmes et des filles de science, fixée au 11 février par les Nations unies, sert aussi à rendre ces enjeux visibles.

Quelles pionnières ont ouvert la voie ?

Bien avant Marie Curie, des femmes ont fait de la science, souvent en marge des institutions. Émilie du Châtelet a traduit en français les Principia de Newton au XVIIIe siècle, une traduction qui fait encore référence.

Sophie Germain a dû signer ses premiers travaux de mathématiques sous un nom d'homme pour être lue. Ses recherches sur l'élasticité lui ont pourtant valu un prix de l'Académie des sciences en 1816.

Marie Curie reçoit le Nobel de physique en 1903, avec Pierre Curie et Henri Becquerel, puis le Nobel de chimie en 1911. Sa fille Irène Joliot-Curie obtient à son tour le Nobel de chimie en 1935.

Où en est la France ?

En France, les femmes sont majoritaires parmi les étudiants de l'enseignement supérieur, mais nettement minoritaires dans les écoles d'ingénieurs et en informatique. Les chiffres progressent lentement d'une année sur l'autre.

Dans la recherche publique, leur part diminue elle aussi à mesure que l'on monte dans les grades. Les organismes de recherche publient désormais des indicateurs sur l'égalité et se fixent des objectifs.

Des associations comme Femmes et Sciences ou Elles bougent interviennent dans les établissements scolaires pour présenter des métiers scientifiques et techniques aux élèves.

À retenir. Le faible nombre de femmes en sciences ne tient pas aux capacités, mais aux stéréotypes, aux conditions de carrière et à une reconnaissance longtemps inégale. Les écarts se réduisent quand on agit sur chacun de ces leviers.

Questions fréquentes

Quelle est la part de femmes parmi les chercheurs ?
Environ un tiers dans le monde selon l'Unesco, avec de fortes différences selon les pays et les disciplines.
Qu'est-ce que l'effet Matilda ?
C'est la tendance, décrite par l'historienne Margaret Rossiter, à minimiser ou attribuer à des hommes les découvertes faites par des femmes.
Quand a lieu la Journée des femmes et des filles de science ?
Le 11 février, journée internationale établie par les Nations unies.

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