Académie française : comment fonctionne-t-elle vraiment ?
Quarante membres élus à vie, un secrétaire perpétuel, un Dictionnaire en neuf éditions : comment fonctionne vraiment l'Académie française depuis 1635.

Sommaire
Fondée en 1635, l'Académie française est l'une des plus anciennes institutions du pays. On la connaît pour ses quarante « immortels » et son Dictionnaire, beaucoup moins pour son fonctionnement réel.
Qui la dirige, comment travaille-t-elle, que décide-t-elle vraiment sur la langue ? Voici comment fonctionne cette compagnie, loin des clichés de l'habit vert.
D'où vient l'Académie française ?
À l'origine, un petit cercle de lettrés se réunit chez Valentin Conrart pour parler de littérature. Le cardinal de Richelieu propose d'en faire un corps officiel, et Louis XIII signe les lettres patentes en janvier 1635.
Sa mission est fixée dès les statuts : donner des règles certaines à la langue française et la rendre pure, éloquente et capable de traiter des arts et des sciences.
Supprimée en 1793 avec les autres académies, elle renaît dans le cadre de l'Institut de France, créé en 1795. Elle siège depuis 1805 dans le palais du quai de Conti, à Paris, sous la célèbre Coupole.
Qui sont les quarante immortels ?
L'Académie compte quarante membres, élus à vie, chacun sur un fauteuil numéroté. Le surnom d'« immortels » vient de la devise « À l'immortalité », inscrite sur le sceau offert par Richelieu, et désigne la langue plutôt que les personnes.
Un nouveau membre n'est élu qu'au décès d'un autre, ou plus rarement après une démission. Il succède à son prédécesseur sur le même fauteuil et doit faire son éloge lors de sa réception.
| Fonction | Rôle |
|---|---|
| Secrétaire perpétuel | Dirige l'administration et représente l'Académie, élu par ses pairs |
| Directeur | Préside les séances, mandat court et renouvelé |
| Chancelier | Seconde le directeur |
| Académiciens | Participent aux séances, aux commissions et au Dictionnaire |
Que fait l'Académie chaque semaine ?
Les académiciens se réunissent le jeudi. Une partie de la séance est consacrée à la commission du Dictionnaire, qui examine les mots un par un, leur définition, leurs exemples et leurs emplois.
L'Académie traite aussi des questions de langue posées par le public ou par les institutions. Elle publie des avis, des mises en garde et une rubrique en ligne sur les usages et les fautes courantes.
Le Dictionnaire, une œuvre sans fin ?
La première édition du Dictionnaire de l'Académie paraît en 1694. Huit éditions suivent, la neuvième ayant été menée sur plusieurs décennies et achevée en 2024.
Ce rythme lent s'explique par la méthode. Chaque article est discuté collectivement, et l'Académie privilégie l'usage établi plutôt que les mots de passage.
Le Dictionnaire n'est pas un dictionnaire de tous les mots. Il retient le vocabulaire jugé durable et précise le bon emploi, là où d'autres ouvrages recensent l'usage le plus large possible.

L'Académie fait-elle la loi sur la langue ?
Non. Ses avis font autorité morale, mais ils n'ont pas de valeur juridique. Ce sont d'autres instances, comme la Commission d'enrichissement de la langue française, qui proposent les termes officiels publiés au Journal officiel.
L'Académie participe toutefois à ce dispositif : ses représentants siègent dans cette commission et elle donne son accord sur les termes retenus. Son influence passe donc par l'expertise plutôt que par la contrainte.
Ses prises de position, par exemple sur la féminisation des noms de métiers ou l'écriture inclusive, ont suscité de vifs débats. En 2019, elle a reconnu que la féminisation des noms de métiers ne posait pas d'obstacle de principe.
Quels autres rôles joue-t-elle ?
L'Académie décerne chaque année plusieurs dizaines de prix littéraires, dont le Grand prix du roman. Elle soutient aussi des associations, des fondations et des actions en faveur de la langue et de la francophonie.
Elle gère enfin un patrimoine issu de dons et de legs, qui lui permet de financer ses prix et des bourses.
Comment l'Académie choisit-elle ses membres ?
Quand un fauteuil se libère, l'Académie déclare la vacance après un délai de deuil. Les candidats écrivent alors au secrétaire perpétuel pour se déclarer.
L'élection a lieu à bulletin secret, et le candidat doit réunir la majorité absolue des votants. Si personne n'y parvient après plusieurs tours, l'élection est blanche et le fauteuil reste vacant.
Une fois élu, le nouveau membre doit recevoir l'agrément du président de la République, protecteur de l'Académie. Il est ensuite reçu en séance solennelle, où il prononce l'éloge de son prédécesseur.
Qui sont les académiciens célèbres ?
Depuis 1635, plus de sept cents personnes ont siégé à l'Académie. On y croise Corneille, Racine, Bossuet, Voltaire, Victor Hugo ou Chateaubriand.
Certains grands noms n'y sont jamais entrés, comme Molière, Balzac ou Zola, malgré plusieurs candidatures pour ce dernier. On parle parfois du « quarante et unième fauteuil » pour désigner ces écrivains restés à la porte.
Le XXe siècle a vu entrer des personnalités venues d'horizons variés, comme le poète sénégalais Léopold Sédar Senghor, élu en 1983, premier Africain à siéger sous la Coupole.
À retenir. L'Académie française est une compagnie de quarante membres élus à vie, chargée d'observer et de conseiller la langue. Son Dictionnaire et ses avis pèsent par leur autorité, non par la loi.



