Académicien : comment devient-on membre d'une académie ?
Candidature, vacance d'un fauteuil, vote à bulletin secret, réception : comment on devient académicien, de l'Académie française aux académies régionales.

Le mot fait rêver : habit vert, épée, séance solennelle sous la Coupole. Devenir académicien reste pourtant un parcours mal connu, qui ne ressemble à aucun concours ni à aucune nomination ordinaire.
En France, il existe des académies nationales réunies à l'Institut de France, et des dizaines d'académies régionales. Les règles diffèrent, mais un principe les rassemble presque toutes : on y entre par élection, choisi par ses futurs confrères.
Qu'est-ce qu'une académie, au juste ?
Une académie est une compagnie de savants, d'écrivains ou d'artistes qui se réunissent pour faire avancer un domaine de connaissance. Elle publie, conseille, décerne des prix et entretient une tradition.
L'Institut de France, créé en 1795, regroupe aujourd'hui cinq académies : l'Académie française, l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'Académie des sciences, l'Académie des beaux-arts et l'Académie des sciences morales et politiques.
À côté de ces institutions nationales vivent de nombreuses académies de province, souvent fondées au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Elles réunissent les érudits d'une ville ou d'une région.
Peut-on se porter candidat ?
Oui, dans la plupart des cas, mais pas n'importe quand. Un siège doit d'abord être déclaré vacant, en général après le décès d'un membre, puisque beaucoup d'académies élisent à vie.
À l'Académie française, le candidat adresse une lettre au secrétaire perpétuel. La tradition veut ensuite qu'il rende visite aux académiciens pour se présenter, même si cet usage s'est assoupli.
Dans d'autres compagnies, la candidature passe d'abord par une section spécialisée, qui examine les dossiers et propose un classement avant le vote de l'assemblée.
Comment se déroule l'élection ?
L'élection a lieu en séance, à bulletin secret. Le candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés, et plusieurs tours peuvent être nécessaires.
| Étape | Ce qui se passe |
|---|---|
| Vacance | Un fauteuil se libère et l'académie l'annonce |
| Candidatures | Lettres de candidature, parfois examen par une section |
| Vote | Scrutin secret, majorité absolue requise |
| Approbation | Pour l'Académie française, agrément du chef de l'État, protecteur de l'institution |
| Réception | Séance solennelle avec discours |
Il arrive qu'aucun candidat n'obtienne la majorité. L'élection est alors déclarée « blanche » et le siège reste vacant jusqu'à un nouveau scrutin.
Que se passe-t-il après l'élection ?
Le nouvel élu prépare sa réception. À l'Académie française, il prononce l'éloge de son prédécesseur, et un académicien lui répond par un discours de bienvenue.
L'habit vert, brodé de rameaux d'olivier, et l'épée d'académicien restent des traditions fortes, surtout à l'Académie française. L'épée est souvent offerte par les amis du nouvel élu et porte des symboles de sa vie et de son œuvre.
Les académiciens participent ensuite aux séances, aux commissions et aux travaux de leur compagnie. À l'Académie française, la rédaction du Dictionnaire reste la mission historique.

Quels profils sont élus ?
Chaque académie recherche une excellence reconnue dans son domaine. L'Académie des sciences élit des chercheurs dont les travaux font référence, l'Académie des beaux-arts des peintres, sculpteurs, architectes, compositeurs ou cinéastes.
L'Académie française, elle, ne réunit pas que des romanciers. On y compte aussi des historiens, des philosophes, des juristes, des scientifiques ou des hommes d'Église, choisis pour la qualité de leur langue et de leur pensée.
Les académies de province mêlent souvent universitaires, médecins, avocats, artistes et passionnés d'histoire locale. Leurs critères sont propres à chaque compagnie et figurent dans leurs statuts.
Combien de femmes parmi les académiciens ?
Pendant longtemps, aucune. Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l'Académie française, en 1980. À l'Académie des sciences, Yvonne Choquet-Bruhat devient la première femme membre titulaire en 1979.
Depuis, leur nombre progresse lentement. La parité reste loin d'être atteinte dans la plupart des académies, nationales comme régionales, ce qui fait l'objet de débats réguliers.
Et dans les académies régionales ?
Les académies de province suivent souvent des règles proches, mais plus souples. Beaucoup distinguent plusieurs catégories de membres : titulaires, associés, correspondants ou membres d'honneur.
On y entre fréquemment par parrainage. Un ou deux membres présentent le candidat, qui adresse ensuite une demande et parfois un travail écrit, comme une communication sur un sujet d'histoire locale ou de science.
Le vote a lieu en assemblée, selon les statuts propres à chaque compagnie. Certaines limitent le nombre de titulaires, d'autres accueillent plus largement les personnes qui participent à leurs travaux.
Ces académies jouent un rôle important dans la vie culturelle de leur région. Elles organisent des conférences ouvertes au public, publient des mémoires et conservent souvent des bibliothèques et des archives précieuses.
Que fait concrètement un académicien ?
Être élu n'est pas une fin en soi. Les académiciens participent aux séances régulières, siègent dans des commissions et contribuent aux publications de leur compagnie.
À l'Académie des sciences, ils rédigent des rapports d'expertise et évaluent des candidatures à des prix. À l'Académie des beaux-arts, ils soutiennent la création et gèrent des fondations comme des lieux de résidence d'artistes.
Cette fonction est le plus souvent bénévole ou faiblement indemnisée. Elle relève davantage de l'engagement intellectuel que de la carrière.
À retenir. On ne devient pas académicien par concours ni par nomination, mais par l'élection de ses pairs, une fois un siège libéré. Le prestige vient de cette cooptation, qui reconnaît une œuvre déjà accomplie.



