Bulletin septembre 2015

 
	 L’Académie tiendra séance les : 

Vendredi 25 septembre 2015
Hôtel de Livois

15h00
Séance privée


                                                                                                16h00
Séance publique

Passation des pouvoirs
 entre ancien et nouveau Bureaux





Vendredi 23 octobre 2015 
Hôtel de Livois

15h00
Séance privée


                                                                                              16h00
Séance publique

                                                                        - « Haïku en Anjou » par M. Patrick Gillet 




RENCONTRE DES ACADÉMIES DE L’OUEST DU 6 JUIN 2015 À ROUEN

« TOURISME ET MÉMOIRE »

L’Académie de Rouen est logée dans l’hôtel des sociétés savantes où elle dispose d’une salle de réunion et de deux salons qui abritent ses collections. Portraits et bustes évoquent à travers le temps des membres éminents de la compagnie ; ils sont la mémoire de cette institution et la sauvegarde de sa personnalité qui se découvre à travers ses travaux et ses souvenirs. C’est là que M. Nicolas Plantrou, président de l’Académie de Rouen, a accueilli les représentants des académies d’Amiens, de Caen, de La Rochelle, d’Orléans, de Rouen et d’Angers. Les auditeurs étaient au nombre d’une trentaine. M. et Mme Remy, M. Olivier d’Ambrières, et M. et Mme Soulez-Larivière étaient les délégués d’Angers. 
	Après l’exposé introductif de Mme Françoise L’Homer sur la Conférence Nationale, les académiciens ont proposé des communications relatives aux fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans et à Rouen, à la mémoire de la guerre 1914/1918, au tourisme réfléchi sur l’île de Ré, au centre Anne d’Ornano à Deauville et le tourisme numérique, et à l’apocalypse et le Chant du Monde, deux œuvres majeures pour l’attrait touristique de l’Anjou par Mme Florence Soulez-Larivière. En outre le groupe a visité l’historial Jeanne d’Arc qui vient d’être inauguré.

	Mme Françoise L’HOMER, présidente de la Conférence Nationale des Académies de Province, vice-présidente de l’Académie d’Orléans, a présenté le rôle et les activités de la Conférence Nationale. Celle-ci est née à l’initiative de maître Albert Brunois, ancien bâtonnier du Barreau de Paris et du médecin-général André Reboul ; ils avaient conçu le projet de rapprocher les académies de province entre elles. Dans ce but, Edmond Bonnefous, chancelier de l’Institut de France, a réuni en 1989 les représentants des vingt-trois académies créées avant la Révolution pour coordonner et développer leurs initiatives et leurs réalisations. Les diversités régionales enrichissent le patrimoine culturel et intellectuel national. La vocation des académies est de cultiver leur enracinement et de faire vivre les traditions qui sont les unes communes à tous et les autres particulières. La CNA permet de prendre conscience d’une appartenance à quelque chose de plus grand que soi-même et d’associer sa province à une communauté du savoir. Sa mission est de coordonner et de développer les initiatives et les réalisations des académies. Elle diffuse à cet effet des bulletins périodiques, la lettre des académies dont la version papier a été supprimée et Akademos qui transmet les actes des colloques et publie des numéros intermédiaires pour accueillir les contributions volontaires des académiciens qui le souhaitent. Elle dispose d’un site qui a été créé et géré pendant dix ans par M. Jean-Claude Remy et a adhéré depuis peu au réseau Renater qui en a pris le relais. Ceci permet une information en continu, comme le demandent les statuts. 
	Les statuts nous donnent enfin une possibilité d’action à l’international. Nous devons contribuer en France et à l’étranger à la mise en valeur du patrimoine culturel et intellectuel national. Ils suggèrent l’organisation de colloques nationaux et internationaux ainsi que l’institution de rapports avec des académies étrangères. Cette partie là de notre mission est encore à l’état embryonnaire. Il faudrait qu’en commun au nom de la CNA, nous organisions dans un premier temps un colloque avec des académies sœurs européennes. Je suggérerais, par ailleurs que chaque académie ait dans ses rangs un membre en charge des liens avec la CNA.

Les fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans et à Rouen, par Mme Claude Baconnet de l’académie d’Orléans, et par M. Jean-Pierre Chaline de l’académie de Rouen.
	A Orléans, la célébration de la sainte est restée très vivante. Elle est l’occasion d’un défilé qui s’étend sur cinq kilomètres avec la participation du préfet, du maire, du général commandant la place, et de représentants de l’Église, de l’université, des associations et des villes jumelles. L’étendard de Jeanne est remis par la municipalité au clergé, puis restitué à l’issue de la cérémonie. Un spectacle « son et lumière » est proposé. Le Général de Gaulle, Président de la République, s’est rendu à Orléans à cette occasion. C’est un événement qui rassemble une grande foule.
	Les souvenirs laissés par Jeanne à Rouen, ce sont la geôle, le procès, et le bûcher sur la place du vieux marché. Il s’agit d’une réalité brutale. La ville  se sent un peu coupable quand elle considère cette mémoire, ce qui explique que le souvenir de la sainte ait été célébré de façon intermittente. Un sculpteur a offert à la ville au dix-neuvième siècle une statue de Jeanne. Pendant la guerre de 1914, ce sera la Jeanne guerrière qui va susciter un véritable culte, puis ce sera la Jeanne souffrante et martyrisée qui sera exaltée. Cette vénération a connu un regain de ferveur au moment du cinquième centenaire de sa mort qui a été célébré en présence du président René Coty. Aujourd’hui l’assistance aux cérémonies devient clairsemée. L’historial Jeanne d’Arc récemment inauguré a été conçu comme un pôle d’attractivité touristique, avec le souci de revisiter le passé.

L’apocalypse et le chant du monde, deux œuvres majeures pour l’attrait touristique de l’Anjou par Mme Florence Soulez-Larivière.
	L’oratrice a rappelé l’historique de la tapisserie de l’apocalypse commandée en 1375 par Louis 1er d’Anjou. C’était « le beau tapis de M. d’Anjou ». Elle a connu bien des vicissitudes depuis qu’elle est sortie des ateliers de Nicolas Bataille. Elle est aujourd’hui la plus grande tapisserie médiévale connue au monde et est conservée dans l’enceinte du château.
	« Le chant du monde » de Jean Lurçat, le rénovateur de la tapisserie française, est abrité depuis 1967 dans l’hôpital Saint Jean, c’est une pièce maîtresse de l’art contemporain.
Ces deux chefs d’œuvre sont des supports de création qui donnent à Angers une place de premier plan pour la connaissance d’un art qui a su se renouveler. Quelle meilleure porte d’entrée trouver pour y accéder ?

La mémoire de la guerre 1914/1918, un moteur du tourisme picard, par M. Bernard Phan de l’Académie d’Amiens.
	La bataille de la Somme a fait 1 200 000 victimes dont de nombreux britanniques. Comptant parmi les plus terribles moments de la grande guerre, elle a marqué durablement les esprits. Les vétérans anglais, australiens, néo-zélandais et  canadiens ont manifesté une grande fidélité mémorielle à leurs disparus ; ils voient là ce que le déferlement de la violence veut dire.
	Un itinéraire balisé entre Albert où se trouvaient les troupes britanniques et Péronne permet de suivre le déroulement des combats. Un support a été mis en place dès la fin de la guerre de 1914 pour faire vivre la mémoire et guider les touristes ; un registre des tombes a été établi en 1918. Les sépultures sont très bien entretenues par la commission britannique des tombes de guerre qui a des moyens considérables par rapport à l’Office National des Anciens Combattants en France. Des traces du conflit subsistent dans les paysages avec les trous d’obus, les portions de tranchées et les villages rasés ; six tonnes de projectiles sont récupérées chaque année. George V a voulu recréer un site britannique en terre étrangère, et a fait graver sur celui-ci une inscription tirée de l’Ecclésiaste « leur nom vivra à jamais ». La famille royale et les autorités civiles et militaires participent régulièrement aux cérémonies. Des monuments et des musées sont apparus, on peut citer Villers Bretonneux à l’Ouest d’Amiens, la colline fortifiée de Mont Saint Quentin capturée par les Australiens en septembre 1918, l’historial de Péronne, Thiepval, le plus grand monument à la mémoire des soldats britanniques et sud–africains disparus. Il est visité par environ 160 000 touristes, chaque année. La tragédie de la guerre les rassemble autour de la mise en récit des combats.
	En 2016, des manifestations de grande ampleur seront organisées pour célébrer le centenaire des combats.

Un tourisme réfléchi sur l’île de Ré par M. Marc Chesnel, de l’académie de La Rochelle.
	De nombreuses initiatives ont été menées pour faire découvrir le passé de l’île. C’est une manière de concevoir le passé comme une quête de vérité et d’analyser les rouages sociaux et mémoriels. Parmi celles-ci, figurent l’installation d’un musée dans un four à chaux, la visite du clocher de Sainte Marie de Ré d’où l’on a une belle vue sur le terroir ancien des pêcheurs-ramasseurs, la visite de maisons particulières qui ont conservé des objets traditionnels, la découverte du  cimetière d’Ars en Ré, l’association de défense des écluses à poissons de l’île, le musée de La Flotte, les ex-voto se présentant sous la forme de bateaux que l’on trouve dans les églises.



Le centre Anne d’Ornano de Deauville et le tourisme numérique par M. Jacques Belin, de l’Académie de Caen.
	M. Belin a présenté, en introduction, l’évolution importante de l’activité touristique dans le PIB mondial et la place de la France qui se situe au troisième rang après les États-Unis et l’Espagne au plan du chiffre d’affaires. L’objectif est de parvenir à allonger en Normandie la durée des séjours qui sont actuellement trop courts et d’accroître par conséquent le montant des dépenses per capita.
La moitié de l’humanité est connectée et la mutation numérique du monde exacerbe la concurrence. L’e-tourisme représente un tiers des réservations et il est essentiel de mettre en contact les utilisateurs entre eux. Il serait important qu’une seule direction du tourisme couvre toute la province. La Normandie dispose de nombreux atouts, elle est universellement connue pour avoir été le théâtre d’une page essentielle de l’histoire du monde. Elle est en mesure aujourd’hui de proposer des offres thématiques liées aux souvenirs de guerre, à la découverte de l’école impressionniste et à la quête des nombreux lettrés originaires de Normandie.






                                                                            SEANCES DU 22 MAI 2015

Sont prÉsents 
M. Olivier d' AMBRIÈRES, M. Robert AUDOIN, M. Yves BARTHET, M. Jean-Pierre BOIS, M. Benoît BOUMARD, M. Pierre BOUVET, M. Christian BRÉGEON, M. Georges CESBRON, Mme Yvette DAMS-MONVILLE, Mme Élisabeth du RÉau, M. Joseph GIBOIN, M. Daniel GRUAU, M. Luc LARGET-PIET, Mme Marie-Magdeleine LE DALL, M. Serge LE POTTIER, Mme Catherine LESSEUR, M. Jacques-Henri MARTIN, M. Michel PECHA-SOULEZ, M. Philippe PICHOT-BRAVARD, M. François PIGNIER, M. Jean-Claude REMY, M. Bernard RICHE, M. Jacques THOMÉ, M. Michel VAISSIER, Mme Elisabeth VERRY,   membres titulaires

M. Jacques CHOPIN,   membre titulaire ÉmÉrite 

Mme Mireille BOIS, Mme Marie-Odile BRISEMONTIER-GAUDIN,   invitÉeS.   

Mme Christiane ASTOUL, M. Raymond BATTAIS, M. Louis-Marie BEAUVOIS, M. Henri BRAULT, M. Yves CADOU, M. Dominique CHARBONNEL, M. Lionel COUPRIS, M. Yves DURAND, M. Charles FOUSSARD, M. Gérard GAILLY, M. Rémy GERNIGON, M. Jean-André GOUYETTE, M. Jean GRELON, M. Michel GUILLANEUF, M. Claude-Serge GUILLEMAIN, Mme Claude GUILLEMAIN, M. Gérard JACQUIN, M. Michel LAVÉDRINE, M. Jean-Marie LIMAL, M. Pierre MACHEFER, M. Dominique MAILLARD, M. Jean MALLET, Mme Fabienne MARTEAU, Mme Marie-Thérèse MOIGNET, M. Michel PENNEAU, Mme Jocelyne RENOU, Mme Jeanne ROGUET-PRIN, M. Alain ROUX, M. Bernard SARTON du JONCHAY, M. Clément SAVARY, M. François-Michel SOULARD, M. Furcy SOULEZ-LARIVIÈRE,   membres associÉs.

S’Étaient fait excusér :
Mme Monique ASTIÉ, M. Henri DELLACASA, Mme Margreet DIELEMAN, M. Jacques-Marie de LATROLLIÈRE, Mme Florence SOULEZ-LARIVIÈRE,   membres titulaires. 

Mme Simone BÉGUIER,   membre titulaire honoraire 

M. Max BARAT, M. Jérôme BODIN, Mme Laurence CHARVOZ, M. Benoît DELTOMBE, M. Pierre-Anne FORCADET, Mme Frédéricque FORCADET-BODIN, Mme Christiane MULOCHER-GAIRE, Mme Joëlle REMY, Mme Sylvette ROBSON, M. Philippe ROCQUET, Mme Françoise TÊTU DE LABSADE,   membres associÉs. 

SÉANCE PRIVÉE DU 22 MAI 2015

	M. Pierre Bouvet, premier Vice-président, a ouvert la séance en l’absence de M. Jean-Claude Remy dont la venue a été retardée par des perturbations ferroviaires. Il a évoqué les dernières dispositions à prendre en vue du colloque consacré aux lieux de culte en Anjou qui se tiendra les 29, 30 et 31 mai et se poursuivra le samedi 13 juin. A cette dernière date, sera présentée une synthèse des journées précédentes, puis une table ronde regroupera, sous la médiation du président, des représentants des pouvoirs publics, du clergé et des maires, avec la participation de juristes spécialisés dans le domaine de la gestion des lieux de culte. 

	M. Pierre Bouvet a donné ensuite la parole à M. Christian Brégeon pour aborder le déroulement des séances à programmer au cours du quatrième trimestre de l’année 2015 ; les communications doivent être définies, six mois à l’avance, en concertation avec les sections. La vie de l’Académie passe par les sections. Les sujets retenus examinés avec M. Joseph Giboin qui prendra en charge le calendrier des activités à partir du mois d’octobre prochain. Mme Yvette Dams-Monville est intervenue à son tour pour donner des précisions au sujet de la soirée musicale qui aura lieu, le mardi 8 septembre, au cours de la croisière « à la découverte des peintres de l’Europe du Nord ». Les compositeurs choisis, l’un hollandais, l’autre anglais et le troisième allemand, seront en harmonie avec les peintres.  Dans cet esprit seront jouées les fantaisies polyphoniques du compositeur anglais Henry Purcell (1659-1695), la fantaisie chromatique de Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), organiste, professeur et compositeur néerlandais qui est un prestigieux représentant de l’école hollandaise à l’orgue et au clavecin. Suivront des extraits de Kunst der Fuge de Jean-Sébastien Bach. Ces morceaux rarement joués seront exécutés par un quatuor d’excellence.

SÉANCE PUBLIQUE DU 22 MAI 2015 

La séance consacrée à l’installation de deux nouveaux membres titulaires, M. Jean-Pierre Bois et M. Robert Audoin, a été ouverte par M. Pierre Bouvet. Il leur a donné successivement la parole pour faire l’éloge de leur prédécesseur et pour présenter leur communication

« Michel Gaudin. Un itinéraire culturel angevin, du courrier de l’Ouest à l’Académie » par le Professeur Jean-Pierre Bois
	Michel Gaudin, né le 1er janvier 1923 à Moutiers-les Mauxfaits, a une enfance vendéenne, de l’école primaire aux Sables d’Olonne au lycée Richelieu à La Roche sur Yon, où il obtient son baccalauréat en 1940. Il se dirige vers le Droit, obtient sa licence à la Faculté catholique d’Angers et, en septembre 1945, à 22 ans, entre au Courrier de l’Ouest, comme rédacteur, puis chef de service, enfin chef de la rédaction d’Angers. Ses fonctions, mais aussi sa curiosité intelligente, sa grande culture, son goût de la relation, son « aménité angevine » le mettent au contact de toutes les personnalités de la vie locale : autorités territoriales, autorités religieuses, autorités militaires, monde culturel ; partout il noue de profondes amitiés : Mgr Orchampt, le général Favreau, Viviane Huchard, Jean Bauer… et cette liste est incomplète. Toujours, il écrit, d‘une plume élégante, et, grand lecteur, il est un pilier de la librairie de son ami Alain Richer.
	Il prend sa retraite le 31 décembre 1982, mais une seconde carrière l’attend à l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts d’Angers, dont il est secrétaire général entre 1985 et 2000, et son animateur inlassable. Son dernier ouvrage, en 2004, est la partie biographique du beau livre consacré à Jean Bauer, émouvant hommage rendu à l’ami et au maître de la lutherie angevine, devenue de réputation internationale. Aujourd’hui retiré à la maison de retraite Saint-Sauveur, il est dans sa ville, dans le quartier qu’il a aimé, et dont il est à, son tour, l’une des grandes personnalités. 

« L’abbé de Saint-Pierre à l’Académie française, 1695-1718. Entre le Classique et les lumières » 
	L’abbé de Saint-Pierre est connu pour son Projet de Paix Perpétuelle, comme s’il n’avait rien écrit d’autre, et pour son exclusion en 1718 de l’Académie française où il est entré en 1695. C’est réduire à bien peu un homme qui occupe très exactement le temps entre la sortie du classicisme rigide de l’apogée du règne de Louis XIV et les Lumières qui émergent au début du règne de Louis XV. Un entre-deux inconfortable, trop jeune en 1695 pour jouer un rôle majeur dans la querelle des Anciens et Modernes, où il se range derrière Perrault, Fontenelle, ou Fénelon, et trop âgé en 1718 pour être celui qui inaugure les Lumières, place réservée à Montesquieu en 1721 avec les Lettres persanes. 
	Pourtant, les ouvrages majeurs qu’il publie à partir de 1708 font de lui un véritable précurseur : son premier Mémoire sur les chemins de l’élection de Valognes, ses Discours sur les travaux de l’Académie, son Projet de paix perpétuelle surtout, puis son Projet de taille tarifée, enfin son ouvrage sur la Polysynodie, mot qu’il invente et qu’il remplace souvent par aristo-monarchie. Appelant à de vastes réformes politiques, aux implications économiques, sociales et morales, il est de la lignée de Vauban, de Fénelon, du duc de Bourgogne. Mais il l’est avec candeur dans ses propositions et maladresse dans ses critiques, jusqu’à la maladresse majeure, véritable crime de lèse-majesté, quand il attaque directement la mémoire du Grand roi, alors que la mission majeure et permanente de l’Académie française est de faire l’éloge de son Protecteur. Exclu, le 1er mai 1718, à l’unanimité des présents, sauf la voix de Fontenelle, l’abbé de Saint- Pierre donne alors libre court à une imagination réformatrice féconde et polymorphe ; mais, desservi par un style écrit lourd, inélégant, et répétitif, il se trouve vite dépassé par la jeune génération des Lumières.

	Le second orateur, M. Robert Audoin, a consacré la totalité de son intervention à présenter son prédécesseur : « Jean Sibenaler, autodidacte, académicien et auteur».
	Jean Sibelaner était né en 1921 à Anzin. Le déroulement des études littéraires qu’il avait entreprises fut contrarié par l’entrée en guerre. Doté d’un physique athlétique, il cultive la natation, le lancer de poids, l’haltérophilie. Ses performances le désignent tout naturellement pour une affectation au Bataillon de Joinville pendant la durée de son service militaire. Il décida ensuite de s’orienter vers l’éducation physique et sportive. A ce titre, il va être chargé d’organiser le sport étudiant et les rencontres sportives universitaires à l’université d’Angers. C’est un esprit d’une grande ouverture qui manifeste des talents multiples pour l’histoire, la philatélie, la photo, la reliure, la sculpture et les langues vivantes. Ayant fait valoir ses droits à la retraite, il va se passionner pour les recherches historiques qu’il va pratiquer en autodidacte. A partir de ses travaux, il composera neuf ouvrages d’un grand intérêt. Entré à l’académie d’Angers en 1999, il en sera élu membre titulaire en 2004. Le champ de ses investigations va s’étaler de Foulques Nerra jusqu’à la dernière guerre, avec une inclination particulière pour la période révolutionnaire et pour l’Empire. C’était un esprit curieux capable d’approfondir un thème à partir de ses investigations aux archives ou à travers les études savantes qu’il avait découvertes.
	Ses œuvres ont pris la forme de biographies, d’études sur des sujets mal explorés et de récits biographiques. Il a publié un livre sur Foulques Nerra qui le fascinait par son caractère ambivalent, un autre sur du Petit-Thouars, marin de la Royale qui va mourir en 1798 à la bataille d’Aboukir, et une biographie de Volney dont les engagements ont été marqués à la fois par la conviction et par l’opportunisme : élu député du Tiers-État pour Angers, il deviendra conseiller du Premier Consul. Rallié à Louis XVIII, il sera nommé pair de France. Parmi les sujets de recherche de Jean Sibelaner, on peut citer ses études sur les premiers préfets du Maine et Loire, sur les Hospitalières de Beaufort en Vallée ou le débarquement de Quiberon. Il va aussi faire paraître les carnets d’un grand-oncle, Antoine Laurenty, chronique des années d’occupation de la Belgique (1914-1917), et les mémoires d’un marin de La Rochelle, Jean-Jacques Proa.
	Ayant pu rejoindre l’hôtel de Livois, en cours de séance, pour participer aux débats, le président Jean-Claude Remy remercie chaleureusement les deux orateurs pour la très grande qualité de leurs communications, il rappelle le rôle éminent joué par M. Michel Gaudin pour assurer le bon fonctionnement de l’Académie. Il ajoute avoir toujours entretenu des relations amicales avec Jean Sibenaler qu’il côtoyait à l’Université ; il était très apprécié des étudiants qui affectionnaient son rôle de maître-éducateur. Curieux et passionné, possédant des talents de communication, il parvenait à présenter des synthèses lumineuses. Il était fier d’appartenir à notre compagnie.
	Le président a invité le plus grand nombre à venir se joindre au colloque sur les lieux de culte en Anjou. Ce forum a nécessité deux années de préparation intense et les participants vont dispenser des enseignements très riches qui présentent un intérêt culturel, sociologique et historique. Une synthèse des débats sera présentée par M. Étienne Vacquet, le 13 juin, dans la chapelle des Ursules ; elle sera suivie d’une table ronde avec les responsables de l’administration, du clergé, et des municipalités.    


                                                            SÉANCE PUBLIQUE DU 12 JUIN 2015 

Sont prÉsents 
M. Olivier d' AMBRIÈRES, Mme Monique ASTIÉ, M. Robert AUDOIN, M. Jean-Pierre BOIS, M. Pierre BOUVET, M. Christian BRÉGEON, M. Georges CESBRON, M. Daniel COUTURIER, M. Joseph GIBOIN, M. Daniel GRUAU, Mme Josette FOURNIER, M. Luc LARGET-PIET, M. Jacques-Marie de LATROLLIÈRE, Mme Marie-Magdeleine LE DALL, M. Serge LE POTTIER, M. Jacques MAUREAU, M. Michel PECHA-SOULEZ, M. François PIGNIER, M. Jean-Claude REMY, M. Bernard RICHE, Mme Florence SOULEZ-LARIVIÈRE, M. Georges TIRAULT, M. Michel VAISSIER,   membres titulaires

M. René COMBRES,   membre titulaire ÉmÉrite 

M. Henry ADAM, Mme Christiane ASTOUL, M. Raymond BATTAIS, M. Jean-Louis BEAU, M. Louis-Marie BEAUVOIS, M. Jean Claude BROUILLARD, M. Yves CADOU, M. Dominique CHARBONNEL, M. Henry-Dominique DERSOIR, M. Jacques FERGON, M. Charles FOUSSARD, M. Daniel GARANDEAU, M. Rémy GERNIGON, M. Michel GUILLANEUF, M. Gildard GUILLAUME, M. Claude-Serge GUILLEMAIN, M. Gérard JACQUIN, M. René JAMES, Mme Denise LAMAISON, M. Jean-Marie LIMAL, Mme Françoise LIZÉ-DUBOIS, M. Dominique MAILLARD, Mme Fabienne MARTEAU, Mme Marie-Thérèse MOIGNET, Mme Christiane MULOCHER-GAIRE, Mme Joëlle REMY, M. Charles-Marie RÉYÉ, Mme Jeanne ROGUET-PRIN, M. Alain SAULNIER, M. Furcy SOULEZ-LARIVIÈRE, M. Noël-Yves TONNERRE,   membres associÉs.

S’Étaient fait excusér :
Mme Yvette DAMS-MONVILLE, M. Henri DELLACASA, M. Claude FERRAND, Mme Catherine LESSEUR, M. Xavier MARTIN, M. Edmond RUBION, Mme Elisabeth VERRY,   membres titulaires. 

Mme Simone BÉGUIER,   membre titulaire honoraire 

M. Max BARAT, M. Pierre-Marie BETTON, M. Jacques BIZARD, Mme Françoise BIZARD, M. Jérôme BODIN, Mme Laurence CHARVOZ, M. Benoît DELTOMBE, M. Pierre-Anne FORCADET, Mme Frédéricque FORCADET-BODIN, M. Jean-Louis LALANNE, M. Michel LAVÉDRINE, M. Michel PENNEAU, Mme Jocelyne RENOU, Mme Sylvette ROBSON, M. Philippe ROCQUET, M. François-Christian SEMUR, Mme Françoise TÊTU DE LABSADE, M. Alain TRICOIRE, Mme Anne de VAUTIBAULT,   membres associÉs. 

	En ouvrant la séance, le président a accueilli M. François Dolbeau, membre associé de notre compagnie et récemment élu à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Il a souligné l’importance de cette haute distinction qui vient couronner un savant médiéviste et un spécialiste de l’hagiographie antique, en particulier de Saint Augustin. C’est en tant que nouveau membre de l’Institut que M. Dolbeau est reçu aujourd’hui et c’est un vrai motif de fierté que de compter en notre sein un tel érudit.

M. Jean-Claude Remy a rappelé ensuite les dernières activités programmées avant la période estivale :
- le samedi 6 juin, s’est tenue à Rouen la rencontre des académies de l’Ouest, qui avait pris pour thème « Tourisme et Mémoire ». Elle a réuni des représentants des académies de Rouen, d’Amiens, d’Angers, de La Rochelle et d’Orléans. À cette occasion, Mme Florence Soulez-Larivière a présenté une communication intitulée « L’Apocalypse et le Chant du monde, deux œuvres majeures pour le renom de l’Anjou ». Mme Françoise L’Homer, présidente de la Conférence Nationale des Académies de Province, a évoqué « Le rôle et les activités de la Conférence Nationale », dont la prochaine session se tiendra à Paris les 9 et 10 octobre prochains. 
- le samedi 13 juin, session de clôture du colloque « Les lieux de culte en Anjou », qui est ouverte au public et se déroulera dans la chapelle des Ursules, mise à la disposition de l’Académie par la municipalité d’Angers.
- le vendredi 19 juin, journée à la découverte du pays fléchois organisée par M. François Lecoq-Vallon.
- le vendredi 26 juin, séance publique pour la réception, comme membre d’honneur, de Mme Danièle Sallenave, de l’Académie française, et présentation par le Professeur Georges Cesbron d’un inédit de Julien Gracq, « Les terres du couchant ».
	Il a rappelé enfin le voyage qui se déroulera du 5 au 10 septembre, à la découverte des peintres du Nord.

	Le président, avant de donner la parole à M. François Dolbeau, a demandé à M. Georges Cesbron de rappeler la brillante carrière du nouveau membre de l’Institut, dont il fut le professeur à Angers, au collège Saint Julien puis à l’externat Saint Maurille. Ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé de grammaire, docteur en études latines, M. Dolbeau a été membre de l’École française de Rome. Il est directeur honoraire de l’École Pratique des Hautes Etudes. Il est membre associé de l’Académie royale de Belgique, membre de la société nationale des antiquaires de France et docteur honoris causa de l’université de Chicago. Exigeant et rigoureux, il a publié 267 articles entre 1972 et 2013. On peut citer notamment « La bibliothèque des dominicains de Bâle », « Les travaux français sur l’hagiographie médéo-latine », « Le dossier hagiographique de Saint Emilion », « Une version inédite du miracle des ardents », « Augustin d’Hippone, vingt-six sermons au peuple d’Afrique, retrouvés à Mayence ». Ces derniers textes, qui avaient échappé jusque-là à l’attention des chercheurs, ont suscité un regain d’intérêt envers la prédication d’Augustin, qui n’a jamais cessé depuis. 

« 25 ans en compagnie d’Augustin » par M. François Dolbeau.
	L’orateur a remercié l’académie de son invitation et a rappelé que, né à Angers, il y a étudié jusqu’à l’âge de 18 ans. Il a poursuivi ensuite à Paris sa formation universitaire. Les hasards de sa carrière l’ont amené à vivre en dehors de l’Anjou, à Rome ou en région parisienne, mais la ville d’Angers est restée chère à son cœur.
	C’est en 1990, en dépouillant un catalogue de manuscrits latins, qu’il a découvert un lot de vingt- six sermons de Saint Augustin à la fois inconnus et authentiques. L’œuvre d’Augustin est immense, plus étendue à elle seule que l’ensemble de la littérature latine d’époque républicaine et augustéenne. C’est actuellement l’écrivain de langue latine le plus étudié au monde. « Les confessions », « La cité de Dieu », le « De Trinitate » figurent parmi les chefs d’œuvre de la littérature universelle. Augustin est aussi un auteur contesté, en raison de l’intolérance, de la misogynie ou de la doctrine du péché originel qu’on lui impute, le plus souvent à tort en raison de l’anachronisme. Né en 354 dans l’Est de l’Algérie, il devint à 30 ans, à Milan, l’orateur attitré de la capitale de l’empire romain d’Occident. Après sa conversion et son baptême, il se retira en Afrique du Nord dans un domaine familial pour cultiver à loisir la pensée chrétienne. Il fut ordonné prêtre en 391 à Hippone par Valerius qui lui donna la licence de prêcher et fit de lui peu après son coadjuteur avec droit de succession.
	Le succès d’Augustin fut immédiat. Lorsqu’il séjournait à Carthage ou qu’il faisait halte dans des petites villes, les autres évêques se taisaient et le priaient d’instruire leur communauté. Augustin parlait souvent du fond de l’abside d’où l’on dominait l’auditoire. La majorité des sermons fut prononcée durant une messe, juste après l’évangile. D’autres allocutions sont des catéchèses de préparation au baptême.
	Afin de capter l’attention, certaines explications sont conçues comme des problèmes, dont l’orateur définit les termes, puis feint de découvrir la solution en même temps que le public. Il emploie une langue simple, imagée, agrémentée de jeux de mots. Il traite aussi de questions d’actualité affectant telle ou telle communauté. Son objectif majeur est d’amener ses auditeurs à oublier leurs préoccupations terrestres et à regarder vers le ciel. L’aspect le plus étonnant pour un moderne est l’intervention des auditeurs, qui interrompent Augustin, lui posent des questions, manifestent leur approbation ou leurs doutes. Dans tous les cas, il se laisse guider par les réactions du public. Comment des sermons, en grande partie improvisés, ont-ils pu traverser seize siècles ? Augustin était le plus fameux orateur de son temps, de sorte qu’il était souvent escorté par des sténographes qui prenaient en notes la teneur de ses allocutions publiques. En revanche, ses allocutions privées ne nous sont pas parvenues, sauf exceptions rarissimes, faute d’une prise de notes.
	Dès le cinquième siècle, plusieurs papes ont établi une équation entre l’orthodoxie chrétienne et Augustin. La totalité des archives du défunt fut transférée en Italie, mais une série de retouches et de coupures affectent les textes primitifs. La tâche des éditeurs modernes consiste à retrouver la forme la plus ancienne de chaque pièce et à établir la chronologie des remaniements postérieurs. Durant tout le vingtième siècle et jusqu’à aujourd’hui on a continué à la fois à restaurer des sermons tronqués et de récupérer des textes authentiques. On reste frappé par l’intensité de son engagement pastoral, par ce désir inlassable de tourner son auditoire vers Dieu.

Extraits des débats 
M. Michel Guillaneuf : On a attribué à Augustin la doctrine du péché originel. Qu’en est-il ?
R : Augustin n’a jamais cherché à créer une doctrine. Il n’a fait que commenter les écrits. Il n’a pas inventé, mais a lu les textes de Saint Paul. Il n’a pas été dogmatique, il a expliqué les textes pauliniens dans lesquels est rappelé le péché d’Adam. Quand il dit « hors du Christ, pas de salut », il veut dire qu’il faut passer par le Christ pour être sauvé. L’erreur a été de tirer de ses œuvres l’augustinisme. On lui a reproché d’être l’auteur d’une doctrine rigide, en réalité il n’est pas un doctrinaire et ne s’est jamais présenté en garant de l’orthodoxie.

M. Christian Brégeon : Qu’est-ce qui distingue l’œuvre d’Augustin de celle des pères de l’Eglise ?
R : Il n’est pas né dans une famille aisée. De ce fait, il n’était pas bilingue. Il n’était pas capable de lire dans le texte les écrits théologiques grecs. Des théologiens orthodoxes ont étudié Augustin et considèrent qu’il est un novateur par rapport aux Grecs. En réalité il s’agit plutôt de querelles de mots, qui ont créé des querelles irrémédiables.

Mme Josette Fournier : Il semble que l’Algérie s’intéresse à Augustin.
R : M. Bouteflika a essayé de réintégrer Augustin dans la mémoire de l’Algérie pour qu’il soit considéré comme l’un des leurs. Les orientations actuelles semblent montrer que l’on va dans une autre direction.

« Le Chevalier de la Tremblaye et Voltaire»  par M. Louis-Marie Beauvois. 
	Claude-Amable-François de la Tremblaye est né à Cholet, le 20 mars 1735 ; son parrain, le marquis de la Tremblaye, surnommé « l’ami des livres » se chargea de son éducation. Ayant poursuivi des études littéraires à Paris, il était destiné à une carrière ecclésiastique. C’est sous le nom de l’abbé de la Tremblaye qu’il se fit une place dans la poésie ; il va obtenir trois amarantes d’or pour ses œuvres. Vers 1763, il rédige un grand poème « Amable et Jeannette » dans lequel il se met en scène. C’est le moment où il renonce à la vie religieuse et devient chevalier de Malte. Continuant à écrire, il adresse ses œuvres à Voltaire et va bientôt se rendre à Ferney. « L’idée que j’allais paraître devant le phénomène du XVIIIe siècle m’inspirait un sentiment de terreur que je ne pouvais surmonter. Pour la première fois de ma vie, je connus les alarmes de l’amour-propre et les tourments de la timidité ».  Il ajoute : « Quand on m’ouvrit la porte du sanctuaire, quand le dieu parut, je craignis de me trouver mal, … il daigna descendre jusqu’à moi pour m’élever insensiblement jusqu’à lui ».
	Dans cette période, un autre personnage s’employa à faire partie de l’entourage de Voltaire à Ferney, c’est le chevalier de Boufflers. Il se trouva près du grand homme à la même époque. «Il est le roi et le père du pays qu’il habite ; il fait le bonheur de ce qui l’entoure et il est aussi bon père de famille que poète ». Boufflers fut élu à l’Académie française en 1788 ; il dut s’exiler en Prusse avant d’être rappelé par Bonaparte.
	Le chevalier de la Tremblaye profita de son voyage de Malte à Ferney pour décrire les contrées et donner à ses observations sociologiques des aspects voltairiens dans les Lettres sur quelques contrées d’Europe. Il se retira au château de la Tremblaye en 1789 où il fut appréhendé et conduit à Paris dans la prison des Oiseaux. Il décéda en 1807 et son neveu publia ses œuvres posthumes.

	Le président a adressé ses félicitations aux deux orateurs et a invité les membres de l’Académie à participer à la séance du 26 juin au cours de laquelle Mme Danièle Sallenave, de l’Académie française, sera installée comme membre d’honneur. Elle a publié plusieurs romans, notamment « Les portes de Gubbio », prix Renaudot 1980, « La Fraga », récompensé par le grand prix Jean Giono, et, en 2014, un « Dictionnaire amoureux de la Loire ». Elle a reçu en 2005 le Grand Prix de littérature de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre. 

VOYAGE À LA FLÈCHE ET SES ENVIRONS DU 19 JUIN 2015

	Nous étions quarante à quitter, en car, la place La Rochefoucauld pour cette journée en pays fléchois organisée par notre confrère, M. François Lecoq-Vallon. C’est une tradition bien ancrée à l’Académie que ce déplacement annuel pour aller à la découverte du riche patrimoine angevin. M. René Combres en a été l’animateur pendant de très nombreuses années ; en 2014 Mme d’Orsetti et Mme Thuret avaient repris le flambeau pour visiter le Baugeois.

La Flèche : Chapelle des jésuites Notre Dame des Vertus, présentée par le professeur Jean Petit
	Édifié au Ve siècle au carrefour de voies romaines, ce sanctuaire a été la première église paroissiale de la ville ; reconstruit aux XIe et XIIe siècles, il été remanié au XIVe. On peut lire sur sa porte l’inscription « Vivant chrétien qui par icy passez, priez Dieu pour les trépassés. Nous avons été comme vous. Vous deviendrez comme nous ». Les jésuites décidèrent de le restaurer au XVIIe et d’en faire un lieu de pèlerinage pour leurs élèves ; les travaux réalisés de 1644 à 1674 ont été considérables en raison de l’état précaire de l’édifice qui avait fini par glisser dans l’oubli. Les murs de la nef ont été relevés, deux chapelles latérales ont été bâties, de même que la sacristie. La chapelle, dédiée jusque-là à Saint Barthélemy, est mise alors sous le patronage de Notre Dame des Vertus. La statue de la Vierge à l’enfant en bois recouverte d’argent a été remplacée par une statue en terre cuite ; elle est placée dans le chœur, érigé dans l’esprit de la contre-réforme, en marbre et en pierre. Le plafond est recouvert d’un lambris sur lequel sont peints des cœurs, des fleurs et une cinquantaine de médaillons illustrant les litanies de la Vierge. Le sarrasin en armes ornant la porte d’entrée vient du prieuré Sainte Croix établi par le maréchal de Gié, près de son château du Verger, à Seiches. Sont à signaler la chaire et un bel ensemble de tableaux et de statues. Dans une chapelle latérale, des ex-voto ont été déposés dans les dernières années en remerciement pour les succès remportés par les élèves des classes préparatoires à l’École Navale, Saint Cyr ou Polytechnique.

Malicorne : La faïencerie d’art  Bourg-Joly
	C’est au dix-huitième siècle que deux manufactures de faïences se sont installées à Malicorne, la faïencerie du Plat d’étain et celle de Méneville. La production était au départ utilitaire, mais, au fil du temps, elle avait évolué et deviendra artistique à la fin du XIXe. Plusieurs entreprises formaient un centre de faïencerie, la maison Bourg-Joly en était. Elle a été rachetée en 1918 par Jules Moreau et cinq générations de cette famille vont en assurer la direction jusqu’en 1993. Plusieurs propriétaires se succèdent ensuite jusqu’en 2009, date de la reprise de cette activité par M. Éric Le Calvez, qui va moderniser l’outil de production, faire appel à des designers et mener une active campagne de promotion. Il a développé les exportations vers les États-Unis, le Japon, la Suède, l’Allemagne et l’Italie. Une terre dont les caractéristiques sont très précises (argile 60%, sable ou quartz 20%, dolomie 10%, carbonate de chaux 10%) constitue la matière première de base ; elle va être soumise à une série de traitements artisanaux avant d’aboutir aux objets proposés à la vente. Ce sont le calibrage, l’estampage, le tournage, l’ajourage, qui constitue l’originalité des créations de Malicorne, l’émaillage, la décoration, les cuissons (une première à 1 000°, et une seconde à 950°, qui permet la vitrification de l’émail).
	Bourg-Joly a repris des décors des faïenceries de Rouen, Saint Omer et Strasbourg. Elle présente aujourd’hui diverses créations, comme une collection pour les 80 ans des 24 heures du Mans, la Tour Eiffel, des vases Versailles avec des compositions de fruits, des corbeilles en faïence brodée, des oiseaux et des animaux, des vases et des jardinières. L’entreprise dispose d’une bonne vitrine à Paris, au 24 rue du Bac.

La Flèche : le Prytanée national d’Henri IV à Napoléon, présenté par M. Jean-Claude Ménard.
	La création de ce qui est aujourd’hui le Prytanée remonte à 1604, à la suite du don, par Henri IV aux jésuites, du château de La Flèche pour y créer un collège royal. Il est, de nos jours, l’un des six lycées militaires de France. Son drapeau est décoré de la Légion d’honneur, de la croix de guerre 1914/1918, de la croix de guerre 1939/1945 et de la croix de guerre des TOE. Le chant de tradition est « le Huron » : De nos anciens fêtons la gloire, à nos aînés crions victoire et soyons fiers d’être brutions. Le régime d’internat développe l’esprit de camaraderie et de solidarité. 
	L’effectif actuel atteint 900 élèves appelés « brutions » qui sont en principe sous le régime de l’internat ; y sont admis les enfants de militaires (70%), de fonctionnaires (15%) et une partie (15%), retenue au niveau du bac au titre du programme de « l’égalité des chances » institué par la loi du 31 mars 2006. L’école est mixte ; elle compte 250 filles. Les élèves sont répartis sur deux sites, le quartier Gallieni, situé sur la route du Mans, pour les études secondaires, et le quartier Henri IV, qui abrite le commandement et les élèves des classes préparatoires (300). La priorité est de préparer aux concours d’entrée aux écoles militaires, mais aussi de présenter ceux des grandes écoles civiles. Les enseignants sont détachés par l’Éducation Nationale. 

	M. Ménard, guide aussi passionné que passionnant, a proposé un parcours très complet du Prytanée, un univers marqué par la tradition militaire. Au fil des pas, ce sera la découverte des parcs et jardins, de la cour d’honneur et de la cour des classes, qui fragmentent l’espace ; ce sera aussi la visite des salles les plus emblématiques, de la bibliothèque, du fonds Guillaumat et de la chapelle.

La Chapelle Saint Louis
	De style baroque et en forme de croix latine, la chapelle se signale par son retable, au décor foisonnant, et sa tribune d’orgue habilement voûtée. L’architecture se situe dans une période de transition où la tradition gothique est alliée à une note classique.     
	Selon le vœu du roi Henri IV, son cœur fut placé dans la chapelle, après son assassinat en 1610, celui de la reine Marie Médicis le sera en 1643. L’un et l’autre seront brûlés pendant la période révolutionnaire ; un habitant de la ville va en recueillir les cendres qui seront déposées dans un cœur doré, qui a retrouvé sa place dans la chapelle.

La bibliothèque est installée depuis 1812 dans la galerie haute dont les murs ont été jusqu’en 1789 couverts de peintures à la gloire d’Henri IV. Elle compte plus de 40 000 volumes ; certains sont d’une grande rareté. 23 incunables sont précieusement conservés dont la Cité de Dieu de Saint Augustin, les chroniques de Froissart, et le dictionnaire de Térence. On trouve, en outre, les fables de la Fontaine décorées par Oudry (l’édition des fermiers généraux), l’Encyclopédie et la description de l’Égypte, envoyée en 1844 par Louis-Philippe. Le fonds ancien compte 24 000 volumes, hérités de quatre siècles d’enseignement, et d’ouvrages en provenance du château de Versailles, du Trianon, du château de Montreuil et de congrégations religieuses de la région parisienne ayant fait l’objet de saisies révolutionnaires ; il s’arrête en 1930. Le fonds moderne constitué de 17 000 livres est mis à la disposition des élèves des classes préparatoires.

L’espace Guillaumat, inauguré en 2005, abrite une collection de plus de 300 objets scientifiques. Les instruments proviennent, en partie, de l’École polytechnique, du Val de Grace et de l’Académie royale des sciences. Certains de ces appareils sont classés monuments historiques. Se trouvent là le bicône de Nolet, l’hémisphère de Magdebourg, l’héliostat de Silbermann, la balance de Roberval. Cet espace porte le nom de Pierre Guillaumat, né au Prytanée, que son père dirigeait alors ; passé par l’École polytechnique il en était sorti ingénieur des mines. Il est devenu plus tard ministre du général de Gaulle.
 
Les Guingrenières, à la Chapelle d’Aligné
	La journée en pays fléchois s’acheva au château des Guingrenières, construit au milieu du XVIIe siècle et inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. M. et Mme François Lecoq-Vallon ont fait visiter leur propriété chargée d’histoire. L’escalier, totalement exécuté en bois et magnifiquement restauré, en est une des pièces maîtresses, de même que les salons admirablement décorés. Ce fut aussi l’occasion de déguster le seul vin de la Sarthe, le Jasnières.
	
	Que M. et Mme François Lecoq-Vallon soient vivement remerciés, tant pour la parfaite organisation de cette belle journée que pour leur accueil chaleureux !




                                                                      SEANCES DU 26 JUIN 2015

Sont prÉsents 
M. Olivier d' AMBRIÈRES, M. Robert AUDOIN, M. Yves BARTHET, Mme Véronique de BECDELIÈVRE, M. Jean-Pierre BOIS, M. Pierre BOUVET, M. Christian BRÉGEON, M. Georges CESBRON, M. Daniel COUTURIER, Mme Élisabeth du RÉau, M. Joseph GIBOIN, M. Daniel GRUAU, Mme Josette FOURNIER, M. Luc LARGET-PIET, M. Jacques-Marie de LATROLLIÈRE, Mme Marie-Magdeleine LE DALL, M. Jacques MAILLARD, M. Jacques-Henri MARTIN, M. Jacques MAUREAU, M. Jean-Claude REMY, M. Bernard RICHE, M. Georges TIRAULT, M. Michel VAISSIER, Mme Elisabeth VERRY,   membres titulaires

M. Jacques CHOPIN,   membre titulaire ÉmÉrite 

Mme Françoise ARGOD-DUTARD, Mme Christiane ASTOUL, M. Raymond BATTAIS, M. Louis-Marie BEAUVOIS, M. Jacques de BELENET, M. Jacques BIZARD, M. Roger BOISSEAU, M. Henri BRAULT, M. Jean Claude BROUILLARD, Mme Maryvonne CHANTEUX, M. Dominique CHARBONNEL, M. Lionel COUPRIS, M. Henry-Dominique DERSOIR, M. Jacques FERGON, M. Charles FOUSSARD, M. Daniel GARANDEAU, Mme Claude GARÇON, M. Michel GARREAU de LABARRE, M. Rémy GERNIGON, M. Jean-Louis GIARD, M. Patrick GILLET, M. Jean GRELON, M. Gildard GUILLAUME, M. Claude-Serge GUILLEMAIN, Mme Claude GUILLEMAIN, M. Jean-Luc JAUNET, M. Jacques KERYELL, M. Arnaud de LA METTRIE, M. Didier LEROY, M. Gérard LESAGE, Mme Françoise LIZÉ-DUBOIS, Mme Françoise MARMIN, Mme Marie-Thérèse MOIGNET, Mme Hélène POLOVY, Mme Joëlle REMY, M. Daniel RENAUD, Mme Jocelyne RENOU, M. Jacques RICHOU, M. Alain ROUX, M. Bernard SARTON du JONCHAY, M. François-Michel SOULARD,   membres associÉs.

Mme Marie-Thérèse BOUVET, Mme Monique TURAULT,   invitÉeS

S’Étaient fait excusér :
Mme Monique ASTIÉ, M. Maurice FAËS, M. Claude FERRAND, Mme Catherine LESSEUR, M. Michel PECHA-SOULEZ, M. Philippe PICHOT-BRAVARD, M. Edmond RUBION, Mme Florence SOULEZ-LARIVIÈRE,   membres titulaires. 

Mme Simone BÉGUIER,   membre titulaire honoraire 

M. Max BARAT, M. Pierre-Marie BETTON, Mme Françoise BIZARD, M. Jérôme BODIN, Mme Laurence CHARVOZ, M. Benoît DELTOMBE, M. Pierre-Anne FORCADET, Mme Frédéricque FORCADET-BODIN, M. Alexandre de GRANDMAISON, M. Gérard JACQUIN, Mme Monique JOLLIVET-DAVID, Mme Denise LAMAISON, M. Dominique MAILLARD, Mme Christiane MULOCHER-GAIRE, M. Michel PENNEAU, M. Serge QUENTIN, M. Charles-Marie RÉYÉ, Mme Sylvette ROBSON, M. Philippe ROCQUET, M. Furcy SOULEZ-LARIVIÈRE, Mme Françoise TÊTU DE LABSADE, Mme Anne de VAUTIBAULT,   membres associÉs. 


SÉANCE PRIVÉE DU 26 JUIN 2015

	La séance a été ouverte par le président qui a donné diverses informations relatives aux activités de l’Académie :
- Les communications présentées dans le cadre du colloque sur les lieux de culte en Anjou seront rassemblées dans une brochure qui sera diffusée en octobre.
- Mme Benhima, notre secrétaire, est en cours de rétablissement ; elle reprendra ses fonctions au début du mois de septembre.
- Le déroulement de la journée dans le pays fléchois organisée par M. François Lecoq-Vallon a été une grande réussite. Une quarantaine de participants en ont suivi les étapes.
- M Gérard Lesage a été élu secrétaire de l’Académie ; il se chargera en particulier de la rédaction du bulletin.
- La Conférence nationale des académies de province se tiendra à Paris les 9 et 10 octobre.   
- Trois candidatures de membres associés ont été présentées au suffrage de l’assemblée :
- M. Guy Trigalot (parrains : M. Georges Cesbron et Mme Élisabeth Verry), enseignant à l’université d’Angers, spécialiste des auteurs romantiques. Il a acquis, par ailleurs, une compétence reconnue dans le domaine des actions pédagogiques spécialisées en faveur des élèves rencontrant des difficultés scolaires. 
- M. Jean-Yves Justeau (parrains : M. Christian Brégeon et M. Jacques Bizard), chef d’entreprise.
- M. Philippe de Fresnay (parrains : M. Guy Massin-Le Goff et M. Étienne Vacquet). Il a exercé des activités financières à Paris et à Londres.
Ils ont été élus au cours de la séance.

	M. Jean-Claude Remy a donné la parole à M. Daniel Couturier, deuxième vice-président, pour la recension des ouvrages reçus à la bibliothèque. Celui-ci a présenté les livres publiés par notre confrère M. Gildard Guillaume, avocat honoraire et historien, élu membre associé à la séance du 24 octobre 2014. Son œuvre est centrée sur la période allant de la Révolution française jusqu’à l’amnistie des communards, soit un siècle de guerres civiles. Passionné par les événements historiques, il est devenu, en sus de ses activités au barreau, conférencier des guerres de Vendée, des actes du tribunal révolutionnaire, du procès de Marie-Antoinette et de celui des communards. Il a décidé ensuite de traduire en écrits toutes les recherches qu’il avait menées pour ses auditoires. Romancier d’aventure et d’enquête, il met en lumière des épisodes oubliés de notre histoire. Pour lui, un roman historique doit autant aux recherches patientes des spécialistes qu’à l’imagination de l’auteur qui veut construire une fiction. Tout en respectant ce qui est acquis d’un point de vue historique, il imagine ce qui, à défaut d’être démontré, est au moins vraisemblable. Vraisemblable au regard de l’événement proprement dit, vraisemblable au regard de la réalité psychologique de chacun des personnages. Il invente quand l’histoire était muette, mais toujours en demeurant fidèle aux faits avérés. M. Guillaume a un style direct, concis, fiévreux même, s’adaptant toujours au caractère du personnage.  
- Les noces rouges (l’Harmattan, en 2003) racontent l’enfer et la répression de la Commune de Paris. 30 000 hommes, femmes et enfants furent massacrés en une semaine. Prisons, pontons et déportation vers la Nouvelle Calédonie furent le destin des survivants.
- La sentinelle de Cabrera (Fayard, en 2005) dépeint la vie des rescapés de la campagne de Napoléon en Espagne ; ils sont plongés dans un véritable calvaire. Les chemins sanglants d’Andalousie, les terribles pontons de Cadix et l’îlot désertique de Cabrera, au large de Majorque seront les cruelles étapes de cette descente aux enfers. 
- Terreur blanche (Fayard, en 2006)
- Qu’un sang impur (Albin Michel, en 2010). Des sans-culottes et des sectionnaires, armés de piques, de sabres, d’assommoirs, de crocs de boucher, les vêtements noirs de sang séché sont venus, le 3 septembre 1792 au couvent des Bernardins pour tuer. Ils étaient acharnés, impitoyables et ivres de massacres.
- Les damnés de la République (l’Harmattan, en 2012) sont les déportés pris dans la tourmente de la Commune qui seront envoyés à l’île des Pins, au bagne de l’île Nou ou sur la Grande Terre ; ils connaîtront un séjour infernal en Nouvelle Calédonie. 
- La berline, le retour de Varennes (La Bisquine, en 2014). Dès la fin d’après-midi du 23 juin1791, sur la route de Paris, et jusqu’au 25 juin, dans la lourde berline, deux univers se rencontrent, s’affrontent, se découvrent, se mêlent. D'un côté Louis XVI et Marie-Antoinette, les enfants royaux, la sœur du roi et Mme de Tourzel. De l’autre, Antoine Barnave, brillant orateur, et Jérôme Pétion, futur maire de Paris, députés délégués par l’Assemblée Nationale. 

	Le président a demandé ensuite à M. Joseph Giboin qui va être chargé à partir du mois d’octobre prochain, en tant que secrétaire général, de l’établissement du programme d’activités, d’indiquer les sujets qui seront traités au cours des prochaines séances :
- 23.10. M. Patrick Gillet « Le Haïku » en Anjou.
- 27.11, M. Gérard Lesage « Nicolas Beaurepaire », Mme Françoise Bizard « Voyage à Paris de 1790 à 1792, journal inédit d’un habitant de l’île Bourbon »
- 20.11. Séance à l’école du Génie, « La guerre chimique » par Mme Josette Fournier, « La création de la croix de guerre » par M. Bernard Riche, « La Madelon et les chants de guerre » par M. Claude-Serge Guillemain.
- 27.11. « Vauban et Louis XIV » par Mme Marie-Claude Guillerand-Champenier, « Un portrait de Louis XIV au musée des Beaux-Arts» par Mme Catherine Lesseur.
- 11.12. « L’école de Vienne, de l’atonalisme à l’abstraction. Correspondance entre musique et peinture » par Mme Yvette Dams-Monville et M. Jean Mallet.  

SÉANCE PUBLIQUE DU 26 JUIN 2015 

	Le président a ouvert la séance et a accueilli Mme Danièle Sallenave, de l’Académie française, élue membre d’honneur de notre compagnie. Il a prononcé une allocution de bienvenue : 
	« L’Académie française compte en son sein des membres jeunes et vous faîtes partie de ceux-là. Née à Angers, vous avez passé vos premières années à Savennières avec vos parents qui étaient tous deux instituteurs. Vous êtes née dans une école, parmi les livres de classe. Votre scolarité s’est poursuivie au lycée Joachim du Bellay à Angers. Vous avez été en khâgne au lycée Fénelon à Paris. Reçue au concours de l’École Normale Supérieure de Sèvres, vous avez obtenu l’agrégation de lettres classiques et avait été enseignante au lycée de Beauvais. Ayant obtenu un doctorat d’État, vous avez occupé une chaire de l’enseignement supérieur à Paris IV. Vous avez participé, par ailleurs, à des émissions radiophoniques et télévisuelles pour apprendre aux enseignants la façon d’éduquer les élèves. Les ouvrages que vous avez publiés sont très nombreux, des romans, des pièces de théâtre, des traductions d’auteurs italiens, des relations de voyage à Rome, à Amsterdam, en Europe de l’Est et en Palestine. Commencer à écrire vraiment conduit à publier et votre investissement a été total. Vous avez développé dans divers textes votre conception du rôle à tenir en collectivité et de la condition féminine. Vous avez pris des positions qui vous honorent beaucoup. Vous menez un combat pour des idées ou des changements, pour la défense d’une existence libre de tout préjugé sexiste.
	Reconnue pour vos valeurs d’écrivain, vous avez reçu de nombreuses distinctions, le prix Renaudot pour « Les portes de Gubbio », le prix du jeune théâtre et le grand prix de l’Académie française, le prix Giono, le prix Marguerite Duras, le prix Jean Monnet au titre de la littérature européenne. Un colloque littéraire s’est tenu, en 1999, à l’université d’Angers ; il donne un remarquable aperçu de votre œuvre et de votre consécration littéraire. C’est la difficile gloire de la libre existence. Dans vos propos, plusieurs figures dominent, celle du philosophe dont la filiation est le paradigme existentialiste, celle du traducteur, celle du voyageur, et celle de l’écrivain qui cherche à saisir le monde. Vous avez écrit également dans maints journaux comme Le Monde, Marianne, Le Messager européen ou Les Temps Modernes. Vous présidez actuellement le Haut Comité des Commémorations Nationales et vous faîtes partie du jury Femina qui vous permet de susciter des débats. Vous aviez besoin que la littérature soit un élan vers le monde, qu’elle soit une implication des intellectuels dans la lutte pour la défense de leurs idées.
	Vous avez été élue à l’Académie française, le 7 avril 2011, au fauteuil n° 30 occupé par Maurice Druon et vous venez de signer avec vos confrères un communiqué qui s’adressait à nos dirigeants pour les inviter à ne pas abandonner les fondamentaux que sont la langue française et la littérature française. Ces fondamentaux sont indispensables à la formation des jeunes, il faut éviter l’occasionnel. Ce communiqué a été adopté à l’unanimité. Le souci des dirigeants est trop souvent de vouloir marquer leur passage par une loi qui porte leur nom. La méthode globale a sacrifié de nombreuses générations, il en est de même pour la mathématique moderne. La vallée de la Loire où nous sommes est le pays du bien parler. Nous sommes à Liré avec Joachim du Bellay, à Saint Florent le Vieil avec Julien Gracq, à Rochefort avec son école de poètes, à Savennières avec le colloque « Terre à vin, terre à écrits », et à Angers avec René Bazin, membre titulaire de l’Académie d’Angers.»    

	M. Jean-Claude Remy a précisé ensuite les règles de fonctionnement de l’Académie d’Angers, le caractère pluri-disciplinaire de ses activités, l’importance du travail en sections, qui sont au nombre de sept, et son appartenance, en tant que membre fondateur, à la Conférence Nationale des académies de province, sous l’égide de l’Institut de France. 

	Mme Danièle Sallenave a exprimé dans sa réponse sa satisfaction d’être nommée membre d’honneur : 
	« Mesdames et Messieurs, amis qui êtes là pour m’accueillir, je ressens très profondément l’honneur que vous me faîtes et je le reçois avec fierté et avec émotion. En écoutant votre président, j’ai été très touchée des mots qu’il a prononcés et aussi d’apprendre que sa mère avait été institutrice. Cela suffit pour que nous fondions une amitié sur des bases solides, car cette filiation a joué un rôle de première importance dans notre vie et dans notre formation. Ce qui me charme dans votre académie, c’est non seulement son ancienneté, mais aussi la variété de ses activités. J’ai bien l’intention, autant que cela sera possible, de venir vous rejoindre dans vos travaux.
	J’ai mené des recherches pour me familiariser avec l’histoire de l’académie d’Angers, ce qui m’a fait découvrir des choses merveilleuses à ce sujet. Je ne peux m’empêcher de citer la définition de l’Anjou que donnait Mgr Le Peletier « La province dans laquelle la Providence vous a fait naître n’est pas seulement célèbre par les avantages de sa situation, la douceur de son climat, le bon naturel des habitants, la probité de leurs mœurs, la politesse de leurs discours, mais encore par l’excellence de ses esprits supérieurs qui ont répandu leur réputation de par le monde. C’est dans ce pays que sont nés et qu’ont été élevés ces grands hommes qui ont enrichi nos bibliothèques et ont mérité parmi les savants des louanges immortelles.
	J’ai l’honneur, par ailleurs, d’occuper quai Conti le fauteuil n° 30 qui a été habité par deux membres de votre compagnie, Mgr Poncet de la Rivière, élu au début du XVIIIe siècle, et René Bazin.   

« Le français est doublement ma langue » par Mme Danièle Sallenave.
	J’ai retrouvé avec bonheur ce qui restait en moi de cette langue angevine que j’ai assez bien connue et pratiquée, étant enfant. C’est pourquoi la formule de Panurge me convient parfaitement, « le français est ma langue naturelle et maternelle parce que je suis née et ai été nourrie au jardin de France ». On a deux langues, celle qui vient du jardin de France, pour moi le jardin angevin, qui ne démérite nullement par rapport à la prétention tourangelle d’incarner le meilleur français de France, et celle de l’école et des beaux textes qui était dominante. A l’occasion de mes enseignements, j’ai recherché, pour parler de certains auteurs, les langues dont ils pouvaient disposer. Conrad, né en Pologne, est devenu auteur de langue anglaise. Nabokov a quitté le russe pour devenir un auteur allemand, puis anglais. Il y a des auteurs qui dont dû traverser différentes langues, selon la finalité ou l’usage qu’ils en faisaient et selon la manière dont ils les avaient acquises. L’exemple de Kafka est le plus caractéristique ; il disposait de quatre langues. Il était né à Prague dans une famille juive, à une époque où la langue cultivée était l’allemand qu’il avait appris au lycée. Le tchèque est la langue des domestiques et, pour le jeune Kafka, la langue des jeunes filles faciles qu’il rencontrait et auprès desquelles il a découvert sa vie d’homme. Le lycée allemand accueillait les enfants de la bourgeoisie qui vont faire des études, c’était l’allemand de la langue de Goethe et pas seulement la langue du tramway. Dans la deuxième partie de sa vie, très courte puisqu’il est mort à 40 ans, il va découvrir qu’il est juif avec le théâtre yiddish polonais qui venait à Prague, le yiddish est à la fois une langue populaire et savante qui mélange plusieurs langues. Enfin la quatrième qu’il commencera à apprendre mais ne pourra jamais vraiment dominer parce que trop malade, c’est l’hébreu. C’était le moment où des jeunes juifs d’Europe centrale sont séduits par l’idée d’aller s’installer en Palestine.
	La langue maternelle que j’ai entendue parler autour de moi, dans mon enfance à Savennières ! était un angevin beaucoup plus pur qu’aujourd’hui. C’est mon corps tout entier qui a gardé la mémoire de cette langue. Avec le temps, avec le renouvellement des générations et avec le laminage télévisuel qui a fait beaucoup de mal parce qu’il a imposé un français véhiculaire, qui n’est ni bon, ni mauvais et qui est peuplé  d’anglicismes et de facilités. La télévision a écrasé un certain nombre d’usages et certaines pratiques vernaculaires. L’angevin, c’est une langue et une parole inséparables. Je ne lisais pas de textes en angevin, il pouvait arriver que circule la poésie des rimiaux d’Anjou d’Émile Joulain, mais ce n’était pas une littérature à laquelle on était sensible. L’angevin que j’ai connu avait des formules, des sentences. En ce qui concerne sa syntaxe, sa grammaire et son vocabulaire, je l’ai à peu près intact. En 2004, à l’occasion d’une petite fête à Savennières pour la dédicace de la bibliothèque, quelques Angevins du village ont voulu vérifier mes connaissances. Ils ont cherché un certain nombre de mots et m’ont demandé de les traduire. Je n’ai eu aucune peine à le faire, d’autant que je les employais tout le temps. Ils m’ont demandé ensuite de lire des poèmes d’Émile Joulain et j’ai réussi ce contrôle. J’ai ce français-là en moi. Quand on est dans une école avec des parents instituteurs, leur souci était d’apprendre aux enfants le meilleur français. Ils étaient très rigoureux en matière de grammaire et de syntaxe, comme on leur avait appris à l’école normale d’instituteurs. Eux-mêmes étaient tous deux nés en Anjou et pratiquaient couramment le français angevin avec tous ses mots, parce que c’était la langue de leurs parents, de leurs grands-parents et de leurs voisins. Ma grand-mère, qui était institutrice à Saint Laurent de la Plaine et à Chalonnes, possédait un vocabulaire d’une grande richesse. Du fait de leur formation, mes parents n’étaient sans doute pas suffisamment riches en histoire de notre langue depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui, si bien qu’il leur arrivait de considérer comme des fautes de français ce qui n’en était pas en réalité, mais la survivance dans la langue angevine de l’ancien français. J’ai vécu pendant très longtemps avec un certain nombre de mots, d’expressions, de tournures qualifiées par mes parents de fautes de français, qu’il fallait traquer, et qui en réalité étaient d’anciens usages. En voici quelques exemples, on disait une bérouette et non une brouette. Qui avait raison ? Ce sont les Angevins. Dans bérouette, il y a « bé », c’est-à-dire double, c’est quelque chose qui a deux roues. Bérouette est beaucoup plus juste. Un élève lui aurait demandé en classe : « Madame, est-ce que je peux me mettre dans la bérouette ?» elle lui aurait dit : « Il faut énoncer brouette ». Quand un enfant disait : « Je ne peux pas rentrer, ma mère a crouillé la porte », on lui disait : «  Il faut dire fermer la porte ». J’ai trouvé sur l’internet « crouiller la porte », dans la Revue historique et archéologique du Maine (1881). Le « crouillet » est un verrou que l’on glisse dans deux petits logements, c’est pourquoi, en Anjou, on dit souvent, pour « fermer la porte », barrer la porte. On me disait : « Va chercher le ramasse-miettes » et non le ramasse-bourrier ». On parlait du friquet pour l’écumoire. Mes parents le pratiquaient avec ce qu’il fallait en même temps d’humour, de distance et d’amour. Ce français était envisagé par eux comme  rattaché à une population appartenant au monde rural, au monde paysan qui a le droit d’avoir ses traditions et son langage, mais qui n’a pas totalement accédé à la culture. L’emploi du verbe avoir au lieu du verbe être dans le passé composé est aussi à noter. « J’ai descendu dans mon jardin » a été remplacé petit à petit par « Je suis descendu dans mon jardin ». Dans un texte que j’ai publié j’ai été corrigé, mais je l’ai laissé tel quel. Queniau a été étudié dans la séance du dictionnaire, c’est un pleurnicheur. Suzanne Proust, mon professeur de lettres au lycée Joachim du Bellay, a suscité chez moi une immense admiration. Elle avait une vision large et généreuse de la langue française. Nous étudiions la poésie médiévale, la poésie de la Pléiade. Du Bellay, Ronsard, Charles d’Orléans ont été les maîtres de ma jeunesse. J’aimais follement lire et pour moi, écrire n’a été que le prolongement de la lecture. J’ai appris à lire toute seule très jeune et j’ai été tout de suite absolument absorbée par la lecture. Un peu plus tard, en classe préparatoire, le professeur d’histoire du français faisait référence à Tallemant des Réaux, qui emploie le verbe se tabuter. Mes camarades n’en connaissaient pas le sens, alors que moi, à Savennières, j’entendais la voisine de ma mère, madame Forestier, lui dire souvent : « N’vous tabutez donc point », c’est-à-dire « Ne vous inquiétez pas ». Montaigne en fait usage souvent et sous forme de substantif. L’Académie dans ses anciennes versions lui donnait le sens de chagriner. Les dictionnaires, de manière générale, font peu de cas de tabuster, parce qu’ils considèrent que c’est une variante de tarabuster, de tourmenter. George Sand écrivait : « Elle poussait le tabuster en parole ». Ceci montre qu’il y a une passerelle entre le français de la mère Forestier et le français de l’école. L’une communiquait avec l’autre ;  
elle était peut-être la mère de l’autre. 
	À partir de ces deux langues, chacun d’entre nous devrait cultiver cette recherche. Il n’y a pas forcément une langue locale, il y a des endroits où l’on parle exactement le français que l’on apprend à l’école. Le français est doublement ma langue, puisque j’en ai hérité et que je voulais lui apporter quelque chose. Le véritable créateur de langues, c’est Rabelais. Le nombre de mots que nous utilisons et qui ont été inventés par lui est prodigieux. Nous devons le défendre, en nous exerçant, en le pratiquant, en le défendant et en l’illustrant. Ceci donne un sens profond et continu à mon propre parcours, aux livres que j’ai pu écrire, mais aussi aujourd’hui à cette présence à l’Académie française. C’est une institution qui est mal connue. On ne sait pas à quel point elle œuvre pour la langue française. Elle œuvre comme un conservatoire  et non comme un conservateur. Elle ne traque pas les nouveautés pour les exclure, elle inclut des nouveautés dans son dictionnaire, à condition qu’elles soient conformes à l’usage et qu’elles ne soient pas une invention destinée à disparaître .Entre la 9ème édition, qui date d’avant la guerre, et l’édition à laquelle nous travaillons en ce moment, 20 000 mots sont entrés dans le dictionnaire. Nous nous efforçons d’être une aide et un recours pour ceux qui apprennent le français et pour ceux qui apprennent à le pratiquer. Nous avons un site sur lequel les questions de langue sont évoquées, notamment les difficultés, comment on écrit, comment on accorde… Il y a des rubriques pour distraire en instruisant les lecteurs sur la langue française, dans le « bloc-notes des académiciens », dont le Professeur Pouliquen est le responsable. Je viens de remettre une note au sujet d’une expression découverte récemment, dans un ouvrage écrit à la veille de la guerre de 1914 : le jour de la sainte touche. Zola et beaucoup d’autres dans les années 1940 l’ont employée : « C’est le jour de la sainte touche », c’est-à-dire le jour de la paie dans le langage populaire et ouvrier. Au fond, c’est l’image très lumineuse de la langue française à laquelle je suis très attachée, car elle conjugue un passé et ceux qui me l’ont transmise. Cette image s’assombrit quand je vois que l’école ne s’y prend plus tout à fait comme il faudrait pour transmettre excellemment cette langue. C’est un trésor à léguer à ceux qui viennent, qu’ils arrivent de l’étranger ou qu’ils naissent sur notre sol. Nous partageons tous cet amour de la langue et son 
 désir de la transmettre ».

	Le président a remercié Mme Sallenave de  cet exposé passionnant et vivant qui nous a fait découvrir les racines du français angevin et de ses liens avec le français de l’école. Les chaleureux applaudissements qu’il a suscités ont montré le réel attachement de l’académie d’Angers à cette richesse que nous avons en commun. Il a invité ensuite l’assistance à interroger l’oratrice sur les problématiques qu’elle a évoquées. 

Extraits des débats 

M. Pierre Bouvet : Vous nous avez ravis, Madame, en évoquant cette jeunesse que vous avez vécue à Savenniéres, notamment par la richesse de ces langues dans lesquelles vous avez été élevée. Néanmoins, en juillet 1999, au moment où l’Europe se préoccupait de la défense de ces langues, vous avez pris position sur les langues locales et sur les langues minoritaires, en disant qu’il ne fallait pas faire revivre ces langues qui n’étaient pas écrites et qui se présentaient un peu comme des reconstitutions nostalgiques. Comment concilier cette position et le discours que vous venez de prononcer avec beaucoup d’enthousiasme ?
R : Cette question est importante et elle va revenir au premier plan puisqu’à Bruxelles la question de la signature de la charte européenne des langues régionales va être proposée et que, très probablement, la France la signera.  Je ne considère pas qu’il faille éradiquer les langues régionales, que ce soit des langues d’un autre système linguistique comme le basque et le breton ou que ce soit des langues régionales dont la France est pourvue en très grande quantité. J’ai probablement été un peu brutale à l’époque et depuis j’ai essayé à plusieurs reprises d’affiner mon propos. Ma position est claire, je crois qu’il n’y a pas lieu de réviser la constitution pour introduire la formule « le français et les langues de France ». Si nous voulons garder un ciment national et pouvoir être une puissance intégrante pour ceux qui viennent chez nous, le français doit rester la langue de la République. Le français est devenu l’unificateur du pays et de la nation. En même temps, il faut donner tous les moyens possibles pour conserver ces langues qu’elles soient enseignées, qu’elles soient transmises par les parents, mais d’une manière qui ne soit pas trop artificielle. Par exemple, la Bretagne n’a jamais été entièrement bretonnante. Il y a des villes qui n’étaient pas bretonnantes qui mettent maintenant un sous-titre en breton sur tous les panneaux officiels. Il y a des langues dont il faut entretenir la mémoire, mais faut-il dispenser un enseignement entièrement en breton de la sixième à la classe terminale ? Je n’en suis pas sûre parce que les textes nécessaires à une formation manqueraient. Je ne souhaite pas que la France se trouve dans le même état que la Catalogne, où l’on donne un corpus de textes de valeur très inégale, car on n’en dispose pas d’un nombre suffisant.

M. Jean-Claude Remy : Je suis étonné que les hommes politiques féminisent tous les titres et toutes les fonctions. On arrive à des absurdités. Je me souviens qu’à l’occasion d’une réception de la conférence nationale des académies de province à la présidence de l’assemblée nationale, un des intervenants, s’adressant à Mme Carrère d’Encausse, avait commencé par : « Madame la secrétaire perpétuelle ». Et celle-ci de lui répondre : « Monsieur, en ma présence, je vous prie de ne pas heurter la langue française ». Que pensez-vous de la féminisation ?
R : L’Académie a émis des résolutions. Un député a été sanctionné sur ce point récemment à la Chambre. On distingue les noms de métiers des noms de fonction. Pour les métiers, on dit le boulanger, la boulangère, le cantinier, la cantinière. Les fonctions demeurent au masculin, car le masculin de la fonction est considéré comme l’équivalent en français d’un neutre. Mais l’Académie applique la clause de courtoisie, en vertu de laquelle, si une femme ministre souhaite qu’on l’appelle madame la ministre, on  le lui accorde. C’est une conséquence du fait que les femmes étaient extrêmement importantes dans le domaine privé, de la transmission et de la famille, mais ne l’étaient pas dans les fonctions. Quand j’étais enfant, on disait pour une femme médecin la doctoresse, maintenant on ne le dit plus. C’est un problème qui résulte de l’accession régulière et progressive des femmes à toutes les fonctions.

Christian Brégeon : L’Académie française s’efforce de défendre et d’illustrer la langue française. Mais nous assistons à une moindre utilisation du français en Europe. Ce n’est plus une langue habituelle ; nos collègues médecins qui parlaient tous français dans les années soixante, font usage maintenant de l’anglais. Quel est le rôle de l’Académie au sujet de ces contacts avec l’étranger ? 
R : Le sort du français est lié à la place de la France dans le monde. M. Valéry Giscard d’Estaing nous dit en réunion que cela n’est pas étonnant, car la France n’est plus une grande puissance. Mais le français est parlé par des dizaines de millions de personnes dans le monde qui vivent en Afrique. Le français sera sauvé par l’Afrique, par le Québec. Le nombre de francophones ne diminue pas. C’est pourquoi nous sommes très heureux d’ouvrir de plus en plus les rangs de l’Académie à la francophonie. Nous avons Amin Malouf, qui vient du Liban et du collège Saint Joseph de Beyrouth, nous avons Dany Laferrière, né en Haïti et habitant le Québec, qui n’était pas français au départ. La nationalité française n’est pas une condition, elle est une conséquence de l’élection à l’Académie française. Si quelqu’un est jugé digne d’être élu sans être français, le président de la République lui accorde les lettres de naturalisation. C’est pourquoi je partage le diagnostic pessimiste de M. Giscard d’Estaing, mais je considère que la langue française a une puissance extraordinaire. En ce qui concerne l’usage des mots anglais, je n’y verrais pas d’inconvénient, si on les accompagnait d’un très bon français. Ce qui me gêne, c’est que l’on fasse tant de fautes de français. La vraie question, ce serait de parler excellemment le français. Nous avons fait plusieurs adresses à ce sujet, notamment à propos de certains cours de Sciences Po qui se déroulaient entièrement en anglais. Après tout, beaucoup de mots anglais viennent du français. Le vrai combat pour le français, ce n’est pas de traquer les mots anglais, mais de consolider le français, c’est ce qui le rendra capable de résister. S’il est faible, il ne résistera pas. Nous avons des confrères médecins qui nous disent que les grands congrès ne peuvent se dérouler autrement qu’en anglais, parce que, sans cela, nous n’obtiendrons pas la reconnaissance de nos travaux et nous n’attirerons pas les étrangers. La commission du dictionnaire se réunit toutes les semaines et nous avons, une fois ou deux par mois, une procédure d’urgence qui émane d’un ministère avec une série de mots français qui est suggérée pour combattre les anglicismes ; il nous est demandé de dire s’ils sont conformes. Hier matin, nous avons travaillé sur quelques mots relatifs aux gaz de schiste, il s’agissait de savoir si l’on peut dire « craquage » par exemple. Parfois les mots anglais sont créés avec une rapidité exceptionnelle. A titre d’exemple, en matière aéronautique, il s’agissait de nommer une procédure qui permet de stopper immédiatement le décollage d’un aéronef, en cas de découverte d’un incident. 

Mme Élisabeth du Réau : Encore aujourd’hui un certain nombre d’organisations internationales, dont l’UNESCO, ne retiennent pas toujours l’usage du français comme langue de travail.
R : C’est absolument nécessaire d’y veiller. Il faudrait que les communications publiques tiennent compte de la loi Toubon qui impose l’usage du français.

M. Jacques Maureau : En ce qui concerne les langues régionales, j’ai connu, dans mon petit village, des habitants qui parlaient le vieil angevin, mais ce n’est pas vraiment une langue. Dans ma région natale, à Avignon, les gens de la campagne parlaient totalement le provençal. C’est sans doute parmi les langues régionales, la plus académique. Le dictionnaire français-provençal de Mistral est un monument.
R : Oui, c’est exact il vaut mieux parler du français angevin, du français tourangeau,  du français de Saintonge, ou du berrichon dont l’histoire est celle de la langue d’oïl. Si l’on aime sa petite patrie, c’est pour rejoindre la grande. Assurément le provençal est une langue, le corse peut-être, mais c’est plus récent. On peut avoir l’amour de son terroir, mais il faut le conjuguer pour avoir une vision qui rassemble. On a souvent dit que la Révolution avait écrasé les langues régionales. On trouve à ce sujet des textes de l’abbé Grégoire qui parlaient de superstition. En réalité, les législateurs de l’époque voulaient désenclaver.

	Après ce débat animé au cours duquel ont été évoqués bien des concepts, le président a donné la parole au professeur Georges Cesbron pour présenter un ouvrage de Julien Gracq resté inédit jusqu’ici.

« Soixante ans après : un inédit de Julien Gracq,  Les terres du couchant » par M. Georges Cesbron.

	On se demande inévitablement pourquoi son exécutrice testamentaire et le directeur des éditions Corti ont fait le choix de publier, en 2014, ce récit inachevé qui avait été délaissé par son auteur. Les vingt pages qui étaient déjà connues (« La route ») se situent dans cette zone rêveuse où l’imaginaire individuel et l’imaginaire collectif se rejoignent. Le contenu de cette nouvelle semble immédiatement consécutif à la catastrophe vécue par l’occident. C’est un chaînon manquant entre « Un balcon en forêt » et « Le rivage des Syrtes » ; il semble prolonger l’histoire des Syrtes après la destruction d’Orsenna. C’est un parcours lointain suivi par un groupe mystérieux, le long d’une route désormais coupée, dans un climat diffus à la fois d’après-guerre et de guerre larvée. C’est le déclin d’une arrière-garde abandonnée sur terre. On trouve toujours, chez Gracq, cette fascination pour la vie primitive, pour les guerriers barbares au sang libre. On tue sans préméditation d’alibi. On meurt sans mémoire à léguer. L’amour n’est pas absent du voyage, mais la femme est sibylle, déesse ou sorcière.
	La première partie a livré le narrateur aux hasards du chemin, c’est la symbolique d’un retour à la vie après la lente léthargie d’une mort qui ne dit pas son nom. La deuxième partie s’organise autour de la vie toujours précaire dans la ville assiégée. Le narrateur devient observateur du mouvement ennemi. Il regarde la steppe rousse au pied de la muraille. C’est un royaume sur le point d’être envahi par les barbares et qui refuse obstinément d’envisager le pire.
	Les clés de lecture, nous les trouverons dans trois questions : Qui habite ces terres du couchant ? Quand est-ce que se déroule ce récit ? Où sommes- nous ?
	On pourrait s’attendre à ce que ce récit se termine sur une sorte d’acquiescement à une fin de l’histoire. Il n’en est rien, le récit reprend. Après la chute de la forteresse, la terre redevient habitable. La cité cernée se trouvait mystérieusement abreuvée et rafraîchie. C’est la nécessaire réinsertion de l’être dans le grand mouvement naturel du monde.

	Le président a souhaité, à la suite de ce riche exposé qui a permis de découvrir une œuvre inconnue de Julien Gracq, une bonne période estivale à tous les participants. Il leur a donné rendez-vous pour le 25 septembre, date de transmission des pouvoirs au nouveau bureau. M. Jean-Claude Remy présentera, à cette occasion, le bilan des activités réalisées au cours de son mandat.








Carnet de l’Académie


DÉcÈs : 
L’Académie a perdu deux des ses membres, 
M. Jacques Jeanneau, membre titulaire depuis 2000.dont les obsèques ont eu lieu à Angers samedi 21 Août auxquelles M. Jean-Claude Remy y a assisté 
Et M. Claude Trouvelot, membre associé depuis 2002, en souvenir duquel une messe sera célébrée le vendredi 11 septembre à 15h00 à l’église St Bernadette à Angers
L’Académie exprime sa vive sympathie à-leurs épouses et leurs familles.


rappel

Prochaines communications

Vendredi 23 octobre 2015
14h00 : Accueil des nouveaux membres par Mme Elisabeth du Réau
15h00 : Séance privée
16h00 : Séance publique
	- « Haïku en Anjou » par M. Patrick Gillet

Mémoires de 2014
Les Mémoires de 2014 sont disponibles et ont été distribués depuis la séance académique du 10 avril. Ils peuvent être désormais retirés au secrétariat.
ERRATUM
À la page 11 des Mémoires de 2014, après la phrase Guy Lamaison est décédé le 29 novembre 2013, à l’âge de 87 ans. Dans une prière universelle, les siens disaient de lui, deux derniers paragraphes n’ont pas été imprimés. En voici le texte au format de l’impression :

	« Sa vie a été guidée par la foi. Les églises construites en sont un témoignage.
Il a toujours privilégié, dans ses choix d’architecture, ce que les gens allaient y vivre.
Le moment de la conception du projet était avant tout un temps de partage, que ce
soit avec les prêtres et les communautés, les responsables administratifs ou les
familles.
	Au travers de ses peintures, il a su transmettre son émerveillement pour les
paysages façonnés par l’homme, oeuvre de Dieu. Il opérait de véritables choix dans
son dessin, afin transmettre ce qu’il voyait de plus beau. »



Olivier d’Ambrières 
Secrétaire Général

Directeur de la Publication : Jean-Claude Remy.
Imprimé par nos soins.
ISSN : 1294-7938								 
Dépôt légal septembre 2015							      Tél.   : 09. 61 .46. 99. 35

Courriel : academie-dangers@wanadoo.fr
Site Web : www.academie-dangers.com
mailto:academie-dangers@wanadoo.frhttp://www.academie-dangers.com/shapeimage_2_link_0shapeimage_2_link_1

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