BULLETIN AVRIL 2014

 

L’accueil à l’académie est assuré
du mardi au jeudi de 13h30 à 17h30
et 
le vendredi de 9h00 à 12h00 et de 13h30 à 18h30


	 L’Académie tiendra séance les : 


Vendredi 16 mai 2014
Hôtel de Livois

16h00
                                                                                                   Séance publique

« Un regard sur les Humbles au début du XIIe siècle : le cartulaire de Saint Jacques de Gré.»
        par M. Michel Pecha-Soulez. 

« Quelles perspectives pour l’Union européenne ? »
         par M. Guy Legras.





Vendredi 6 juin 2014
Hôtel de Livois

15h00
                                                            Séance publique organisée par la section Histoire 
La Libération d’Angers

- « Le contexte national et international.» par Mme Elisabeth du Reau
- « Michel Debré et la Libération d’Angers.» par Mme Elisabeth Verry
- « Le rétablissement de l’ordre et la question de l’épuration.» par M. Marc Bergère
- « Témoignages angevins sur la Libération.»



SEANCES DU 28 MARS 2014

Sont présents 
Mme Marie-Rose ALBRECHT, M. Gilles d' AMBRIÈRES, M. Olivier d' AMBRIÈRES, Mme Monique ASTIÉ, M. Yves BARTHET, M. Régis de BELENET, M. Benoît BOUMARD, M. Pierre BOUVET, M. Christian BRÉGEON, M. Georges CESBRON, M. Daniel COUTURIER, Mme Elisabeth du Réau, M. Maurice FAËS, Mme Josette FOURNIER, M. Luc LARGET-PIET, M. Jacques-Marie de LATROLLIÈRE, Mme Marie-Magdeleine LE DALL, Mme Catherine LESSEUR, M. Jacques MAILLARD, M. Jacques MAUREAU, M. Michel PECHA-SOULEZ, M. Jean-Claude REMY, Mme Florence SOULEZ-LARIVIÈRE, M. Jacques THOMAS, M. Michel VAISSIER, Mme Elisabeth VERRY.   membres titulaires. 

M. Jacques CHOPIN.   membre titulaire emerite

M. Robert AUDOUIN, M. Max BARAT, M. Raymond BATTAIS, M. Louis-Marie BEAUVOIS, M. Pierre-Marie BETTON, M. Jacques BIZARD, Mme Françoise BIZARD, M. Philippe BONEF, Mme Luciole BOUCHÉ, M. Henri BRAULT, Mme Maryvonne CHANTEUX, M. Dominique CHARBONNEL, M. Lionel COUPRIS, Mme Margreet DIELEMAN, Mme Jeanne DUVAL-LE GOFF, M. Gérard GAILLY, M. Rémy GERNIGON, M. Jean-Louis GIARD, M. Hervé de GOUYON, M. Jean GRELON, Mme Pascale GRÉMONT, M. Daniel GRUAU, M. Michel GUILLANEUF, M. Claude-Serge GUILLEMAIN, Mme Claude GUILLEMAIN, M. Gérard JACQUIN, M. René JAMES, Mme Denise LAMAISON, M. François LECOQ-VALLON, M. Didier LEROY, M. Gérard LESAGE, M. Jean-Marie LIMAL, M. Pierre MACHEFER, M. Dominique MAILLARD, Mme Marie-Thérèse MOIGNET, Mme Christiane MULOCHER-GAIRE, M. Michel PENNEAU, M. Philippe PICHOT-BRAVARD, Mme Hélène POLOVY, M. Serge QUENTIN, Mme Joëlle REMY, M. Charles-Marie REYE, M. Jean ROBERT, Mme Jeanne ROGUET-PRIN, M. Bernard SARTON du JONCHAY, M. Furcy SOULEZ-LARIVIÈRE, M. Philippe TARDY-JOUBERT, Mme Maÿlis THURET.   membres associés. 

S’Étaient fait excusér :
Mme Marguerite Cécile ALBRECHT, M. Claude CHÉREAU, M. Philippe DAIN, M. Claude FERRAND, M. Serge LE POTTIER, M. Bernard RICHE.   membres titulaires. 

Mme Simone BÉGUIER.   membre titulaire honoraire 

M. Jérôme BODIN, M. François BOULETREAU, Mme Laurence CHARVOZ, M. Grégoire DUVAL, M. Pierre-Anne FORCADET, Mme Frédéricque FORCADET-BODIN, M. Michel LAVÉDRINE, M. Olivier MARTIN, Mme Sylvette ROBSON, Mme Françoise TÊTU DE LABSADE, M. Michel VILLEDEY.   membres associés. 


SEANCE PRIVEE 

	La séance a été ouverte par le président qui a donné un aperçu du déroulement du « Printemps de l’Académie». Il s’est tenu dans l’hôtel de Livois au cours de l’après-midi du dimanche 23 mars en présence d’environ 75 personnes qui ont pu bénéficier de cinq communications illustrant la diversité des centres d’intérêt de notre compagnie : « Le peintre Léo Lelée, un Angevin chez les Félibres » par M. et Mme Guillemain, « Angers sous les bombes, Pentecôte 1944 » par M. Jacques Maureau, « Flore et végétation de la Loire » par Mme Monique Astié, « Jean Cocteau : du Prince frivole à l’académicien » par Mme Luciole Bouché, « L’après-guerre vue par S’Tick, caricaturiste marseillais » par Mme Jeanne de Gérin-Ricard. Les contributions ont été développées tour à tour dans la grande salle de l’Académie. 
M Jean-Claude Remy a donné ensuite la parole à M. Olivier d’Ambrières pour la présentation de la chronique cinématographique annuelle relatant la dernière session du festival « Premiers Plans », puis à M. Daniel Couturier pour la présentation des derniers ouvrages reçus à la bibliothèque.

M. Olivier d’Ambrières : La 26ème édition du festival « Premiers Plans » s’est tenue à Angers, comme chaque année, dans les derniers jours du mois de janvier. À cette occasion, notre confrère, M. Sylvain Bertoldi, a publié un article intitulé « Angers aime le cinéma », dans lequel il a rappelé l’intérêt manifesté dès les premiers temps par les Angevins pour le 7ème art, notamment lors des présentations, en 1896, au café Gasnault, place du Ralliement, d’un opérateur des frères Lumière. Onze films ont été tournés partiellement à Angers depuis 1937, année de la sortie de « Ces dames aux chapeaux verts ». Il faut rappeler également que « La cage aux rossignols » de Jean Dréville, avec Noël-Noël a été tournée à l’époque de l’occupation allemande, en mars 1944, à Fontevraud ; le Centre Culturel de l’Ouest organisera en septembre prochain à l’occasion des journées du patrimoine une commémoration de l’évènement. 
	L’édition 2014 du festival a été l’occasion, entre autres, d’une rétrospective de trois metteurs en scène, Patrice Chéreau, natif de Lézigné et frère de M. Claude Chéreau, membre titulaire de notre compagnie, Robert Bresson et Lars von Trier. Ce dernier, de nationalité danoise, est considéré comme un des grands metteurs en scène du moment pour ses audaces et son côté novateur. Il a essayé de nouvelles techniques pour raconter des histoires à fort contenu émotionnel. Il a obtenu, en 2000, la palme d’or au festival de Cannes pour « Dancer in the dark », qui utilise les possibilités de la comédie musicale. Il entremêle les duretés de la vie quotidienne d’une jeune femme émigrée et des scènes de rêve. Il traite de la problématique de la peine de mort, en suscitant l’angoisse, l’épouvante et les pleurs. La pendaison du personnage principal, Selma, jeune tchèque qui mène une vie laborieuse, est filmée dans tous ses détails jusqu’au dernier battement du cœur qui lutte.

M. Daniel Couturier : a fait la recension de plusieurs livres publiés par des membres de notre compagnie :
- «Personne et altérité, l’hospitalité au cœur de la rencontre», ouvrage réalisé sous la direction de M. Jacques Keryell. Il regroupe les contributions d’une quinzaine d’auteurs musulmans et chrétiens ayant tous eu une longue expérience en terre d’Islam. Jacques Keryell, arabisant, a vécu plus de vingt ans au Maghreb et au Machreq ; il a rédigé plus de la moitié des communications, notamment celles qui ont trait à Louis Massignon dont il est le disciple. Ce grand islamologue a eu une vie de relation aux autres, une vie d’écoute et de don de soi. L’amitié, l’étude poussée et minutieuse des cultures orientales et le dialogue furent pour lui le fondement de sa relation à l’autre. Il a réalisé une synthèse surprenante où la compétence et la sympathie furent, pour lui, des exigences fondamentales. Pour lui, l’hospitalité est la norme supérieure de la coexistence. Il fut enthousiasmé par la richesse poétique de la langue coranique et de sa force incantatoire comme par le raffinement de sa capacité inventive dans les domaines de la métaphore et du symbolisme religieux. Sa connaissance approfondie de la langue arabe, sa pratique magistrale de la langue française lui ont donné une aptitude insoupçonnée de compréhension, de communication et de communion.

- Gaston Contremoulins (1869-1950) par M. Patrick Mornet.
Grâce à la photographie et à la découverte des rayons X, il a inventé le premier compas permettant de localiser les corps étrangers intracrâniens. Radiographe de génie, il va concevoir et construire un appareillage permettant une vision tridimensionnelle des images. Mécanicien, il s’est passionné pour l’orthopédie naissante. Enfin il fut un des pionniers de la radioprotection. Par toutes ses découvertes, Gaston Contremoulins occupe une place de premier plan dans l’histoire de la radiologie.

-« Alfred de Falloux et Albert de Rességuier, une amitié dans le siècle » de M. Gérald Gobbi qui, par cet ouvrage, vient apporter un complément à l’intéressante biographie d’Alfred de Falloux qu’il a publiée récemment.
Cette correspondance (1879-1886) nous fait pénétrer dans l’intimité des deux épistoliers ; le souci de ne pas imposer ses vues à l’autre, leur devoir de témoignage dans la société et leur attachement à leurs racines rurales (l’Anjou pour l’un, le Languedoc pour l’autre) ont créé entre eux des liens profonds.
Alfred de Falloux quitta l’Anjou pour Paris, en vue de recevoir l’éducation du collège de la Chaussée d’Antin ; il y trouva son éveil culturel et politique par la fréquentation des salons, notamment ceux de Jules de Rességuier et de Mme Swetchine. C’est ainsi qu’il va se lier d’amitié avec Albert de Rességuier et avec Sophie Swetchine. Il s’orienta tôt vers la politique, mais ne se présenta qu’en 1842 comme candidat légitimiste à la députation ; il sera élu en 1846 à Segré. Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes, il fera voter la loi sur l’enseignement secondaire et celle sur la restauration du patrimoine religieux. Il fut favorable à la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République et acquiesça au coup d’Etat. Il se retira ensuite en Anjou et se consacra à l’exploitation de ses terres. Après la mort du comte de Chambord, il va se rallier aux Orléans.
Albert de Rességuier, né en 1816, passa son enfance entre le Languedoc et Paris, où il logeait dans le quartier de la Chaussée d’Antin ; il préférait le Paris littéraire et religieux au Paris mondain. Il était un enfant du terroir et devait rester provincial sa vie durant. Fils du poète Jules de Rességuier et de Charlotte de Mac Mahon, il incarne les notables de vieille souche issus de l’Ancien Régime. Il étudia le Droit, avant de voyager en Europe. Catholique fervent et militant, il s’engagea dans le journalisme, avant d’être élu en 1848 à l’assemblée législative où il fit partie du groupe légitimiste. Il ne se rallia pas à la politique du coup d’Etat et appartint, sous l’Empire, à l’opposition légitimiste. Elu, en 1871, représentant du Gers à l’Assemblée Nationale, il était aux côtés des conservateurs monarchistes dans le cadre de la politique de l’Ordre Moral. Il vota contre les amendements Wallon et Pascal Duprat qui ont officialisé la République. Il fut battu aux élections de 1876.
Leurs expériences communes les rattachaient au royalisme légitimiste, à la conservation sociale et politique, au catholicisme libéral et à la province. 

-« Une famille française à Moscou (1982-1985) » par M. et Mme Régis de Belenet.
	C’est en septembre 1982 que M. Régis de Belenet a été nommé premier secrétaire de l’ambassade de France à Moscou, à un moment où les tensions Est-Ouest étaient très fortes. C’est, en effet, l’époque de l’invasion de l’Afghanistan par les forces soviétiques, du déploiement d’un nouveau type de missiles nucléaires dédiés aux Européens et de l’affaire du Boeing sud-coréen. Par ailleurs, en avril 1983, la France avait expulsé 47 diplomates soviétiques (affaire Farewell). Bien d’autres évènements sont survenus pendant cette période, comme la mort de Leonid Brejnev, l’élection de Constantin Tchernenko et son décès et l’élection en 1985 de Mikhaïl Gorbatchev. Ceci explique le conseil donné à l’auteur au moment de son arrivée par l’ambassadeur M. Claude Arnaud « Je n’ai qu’une instruction à vous donner : je vous demande de vous organiser pour pouvoir, tous les trois mois, vous et votre famille, quitter l’Union Soviétique ». 
	L’ouvrage associe des extraits de correspondance relatant la vie à Moscou d’une famille de quatre enfants, les commentaires du diplomate et des analyses plus approfondies. Le tout est complété par de nombreuses illustrations et par des tableaux synoptiques.

SEANCE PUBLIQUE 

	Le président, en ouvrant la séance, a rappelé à l’assemblée le décès de deux confrères :
- Mme Monique CATTA, ancienne vice-présidente de l’Académie, et ancienne présidente de la section Lettres. Ses obsèques se sont déroulées à Saint Barthélemy en présence de nombreux membres. M. Jean-Claude Remy a prononcé son éloge à la fin de la cérémonie.
- M Michel GRANDIN, membre associé depuis 2005, ancien directeur au siège de la SNCF, qui avait publié deux ouvrages de géographie, « Villages de France » et « Rivières de France». L’Académie était également représentée à ses obsèques. 

	M Jean-Claude Remy a procédé à l’installation de M. Jean-Louis Giard, éditeur, qui avait été élu membre associé à la séance du 20 décembre 2013 ; il était entouré de ses parrains, MM. Daniel Couturier et Michel Vaissier. 
	Il a confié ensuite la présidence de la séance à M. Jacques Maillard, président de la section Histoire pour évoquer le mariage dans l’occident médiéval et moderne. Les orateurs étaient M. Michel Pecha-Soulez, M. Jacques Maillard et Mme Margreet Dieleman.
« De la Romanité au Christianisme. Le mariage grégorien garant de l'ordre social (XIe-XIIIe siècles).» par M. Michel Pecha-Soulez. 
	Le christianisme n'a pas donné dans ses textes fondateurs, essentiellement la Bible, une définition du mariage. Celui ci va s'élaborer dans un environnement différent des origines, l'empire Romain, et ce d'autant plus que l'expansion du christianisme est intimement liée aux conséquences de la conversion de Constantin. Le mariage romain, cérémonie privée, est une particularité dans le monde de l'Antiquité, c'est un mariage en une seule fois et de type consensuel très influencé par les écrits d'Aristote. Il sera adopté par le christianisme dans ses grandes lignes. Le seul regard des clercs sur la vie de couple étant péjoratif, la situation des gens mariés est inférieure aux "chastes" et l'Église a beaucoup de difficultés à trouver quelque chose de positif dans l'exercice de la sexualité. La justification de cet exercice est rendue nécessaire par le report de la fin du Monde et donc de la Parousie. L'Église intègre l'idée que la procréation est nécessaire pour la survie de l'humanité et justifie la sexualité par son but procréatif.

	Les invasions des Barbares modifient temporairement les conditions du mariage, tant celui-ci est lié au rapt. L'apport essentiel des conciles de Latran va être de lutter contre le mariage des prêtres et incidemment de justifier un état de béatitude des laïcs par un mariage autorisé dans un cadre de plus en plus restrictif. La proclamation de l'indissolubilité du mariage, innovation essentielle par rapport au mariage romain, va initier la définition des conditions de la validité du mariage, devenant un sacrement, et d'encadrer le contentieux qui en naît. L'Église va utiliser son organisation en paroisses et rendre indispensable le rôle du curé dans le déroulement du mariage en en faisant le garant de sa validité et le seul responsable de "l'état civil". La sacramentalisation du mariage par consentement mutuel avait donné le premier rôle aux futurs époux et non aux prêtres. Il convenait donc de faire de ces derniers les juges et les témoins d'un acte engageant la vie entière des époux. La parentalité définissant l'inceste, les confessions préalables au sacrement puis rythmées par les obligations annuelles, la vérification du consensus, la promulgation des bans, la vérification de la copulatio carnalis et l'instruction des recours étaient devenues du seul ressort de l'Église. Ces rôles constituaient un pouvoir sur la société entière tant leur transgression exposait à une mise hors de la société et bien entendu à la damnation éternelle. Toutes ces mesures ne pouvaient se dérouler sans favoriser un certain conformisme social, synonyme de paix sociale tant qu'il restait incontesté.


« Le mariage protestant en France (1559-1792).» par Mme Margreet Dieleman. 
	A la suite d’Erasme, Luther et autres, Jean Calvin conteste le mariage en tant que sacrement et il dénonce plusieurs interdictions de l’Eglise romaine. Dans les Eglises réformées, c’est la Discipline ecclésiastique qui régit les mariages, même s’il faut composer avec la législation royale influencée par le clergé. Les consistoires (conseils des Eglises locales), qui veillent au respect de la Discipline par les réformés, sont notamment préoccupés par des mariages « à la papauté » qui sont vivement condamnés. 

	Après la Révocation de l’édit de Nantes, les protestants ne peuvent se marier que devant le curé pour obtenir un mariage valide et la légitimité de leurs enfants à naître, mais pour cela, il faut abjurer. Dans plusieurs lieux, des curés « complaisants », moins regardants sur les conditions à respecter, célèbrent des mariages de protestants. D’autres protestants, à qui leur conscience interdit un mariage catholique, font le choix de se marier devant un pasteur au Désert lors d’une assemblée clandestine ou ont recours - même si un édit royal l’interdit - à un mariage protestant dans un territoire étranger, comme les chapelles de certaines ambassades à Paris ou les Eglises de la Barrière, à la frontière nord du royaume. En 1787, l’édit de Tolérance permet aux non-catholiques de déclarer leur état civil, soit devant un curé, soit devant un juge, tandis que la loi du 20 septembre 1792, instaure un état civil laïque pour tous. 
« Les conditions du mariage en France des lendemains du concile de Trente à la Révolution. » par M. Jacques Maillard.
	Le Concile de Trente a profondément modifié les conditions du mariage mais comme les décrets conciliaires n’ont pas été reçus dans le royaume, leurs principales dispositions ont été reprises par des ordonnances royales, en particulier celle de Blois en 1579.
Le Concile a affirmé que le mariage est un sacrement et qu’il est indissoluble. Il ne peut être dissous ni à cause de l’adultère de l’un des conjoints, ni par une longue absence du mari ou de la femme. Les tribunaux peuvent prononcer une séparation de corps et de biens en cas de mauvais traitements ou d’adultère, mais le mariage n’est pas dissous.
Pour lutter contre les mariages clandestins le Concile a exigé des règles de publicité ; publication de trois bans, présence de témoins lors de la cérémonie, tenue des registres de mariage par les curés. Les tribunaux ecclésiastiques, les officialités, peuvent accorder des dispenses de bans, en général un ou deux. Pour éviter des scandales, la publication pouvant révéler que des personnes vivent comme mari et femme depuis de nombreuses années, l’Église peut dispenser des trois bans.
Dans le royaume de France, les enfants mineurs (majorité à 25 ans pour les filles, à 30 ans pour les garçons, à 25 ans après 1750) ne peuvent se marier sans l’autorisation de leurs parents. En 1783, dans un cours consacré au mariage, le professeur angevin François Prévost de la Chauvelière insiste sur ce pouvoir absolu des parents.
Pour se marier il faut aussi éviter les temps de pénitence, Avent et Carême, et ne pas vouloir épouser quelqu’un avec lequel on a des liens de parenté. Ces liens sont formés par un ancêtre commun, une parenté spirituelle créée lors d’un baptême, une parenté formée par un mariage avec un parent d’un des conjoints. Des dispenses sont accordées par l’Église. Les enquêtes réalisées par les juges des officialités montrent que nombreux sont ceux qui ignorent leurs liens de parenté et que dans les petites paroisses il est difficile de se marier avec quelqu’un qui ne soit pas parent.

Extraits des débats 

M. Daniel Couturier : indique qu’au moment de son mariage, en 1964, avec une catholique, alors que lui-même était protestant, il avait dû se résigner à se marier civilement, en raison des exigences de la hiérarchie catholique. En cas de mariage à l’église, sa femme devait élever ses enfants dans la religion catholique, ce qu’il a refusé. En revanche ses deux filles se sont mariées à Longué, après le concile Vatican II, en présence d’un pasteur et d’un prêtre.

M. Georges Cesbron : a relevé, au cours de ses recherches sur les écrits du Moyen Age, les titres de trois fabliaux qui contredisent les convenances de la réforme grégorienne, « la demoiselle qui ne pouvait entendre parler de foutre », « la dame qui demande pour Noël sa prébende », « une dame qui servait par son corps son chevalier en tout point ». Contrairement à ce qui est dit, c’était souvent la femme qui avait l’initiative et non l’homme. C’était le gré de la femme, plus que le vouloir de l’homme On peut lire dans l’un de ces fabliaux « si tu es importunée par mon désir, on pourrait trouver une formule » ou « fais en sorte qu’il y ait de l’avoine au moins les jours de fête, que toute la moelle de tes os soit répandue sur mon corps ».
 
M. Christian Brégeon : a souhaité savoir, d’une part, si, au moment du concile de Trente, il était fréquent d’avoir une vie conjugale sans être marié, et, d’autre part, si la Renaissance n’a pas été à l’origine d’un relâchement des mœurs, comme le montre la manière de vivre à la Cour. Les protestants semblaient, en ce qui les concerne, plus sévèrement encadrés.
R : Il convient de distinguer les conditions de vie de la Cour et celles de l’ensemble de la population. Pour les unions libres, il est difficile de répondre avec précision en raison du manque de sources. Les registres paroissiaux sont, le plus souvent, les seules sources dont on dispose.

Mme Margreet Dieleman : Les prescriptions de la discipline ecclésiastique ne sont pas suivies par tout le monde. Des assemblées étaient convoquées régulièrement dans l’église réformée pour rendre compte des comportements, notamment des interdictions de danser. Néanmoins, catholiques et protestants fêtaient ensemble le mardi gras.

M. Michel Penneau : se demande si les mariages catholique et protestant ont été modifiés à la suite de la signature de l’édit de Nantes en 1598.
R : C’est difficile de répondre car l’édit de Nantes a repris des dispositions antérieures. Très tôt, il a été interdit à un catholique de se convertir au protestantisme.   



SEANCE PUBLIQUE DU 11 AVRIL 2014  

Sont présents 
M. Olivier d' AMBRIÈRES, M. Benoît BOUMARD, M. Pierre BOUVET, M. Christian BRÉGEON, M. Georges CESBRON, M. Daniel COUTURIER, Mme Yvette DAMS-MONVILLE, Mme Josette FOURNIER, M. Jacques-Marie de LATROLLIÈRE, Mme Marie-Magdeleine LE DALL, M. Jacques MAILLARD, M. Jacques MAUREAU, M. François PIGNIER, M. Jean-Claude REMY, M. Jacques THOMAS, M. Michel VAISSIER.   membres titulaires. 

M. Jacques CHOPIN, M. René COMBRES.   membres titulaires emerites

Mme Christiane ASTOUL, M. Robert AUDOUIN, M. Max BARAT, M. Louis-Marie BEAUVOIS, M. Pierre-Marie BETTON, M. Roger BOISSEAU, M. Jérôme CAMBON, Mme Maryvonne CHANTEUX, M. Dominique CHARBONNEL, M. Henry-Dominique DERSOIR, M. Daniel GARANDEAU, M. Rémy GERNIGON, M. Jean-André GOUYETTE, M. Hervé de GOUYON, M. Daniel GRUAU, M. Michel GUILLANEUF, M. Claude-Serge GUILLEMAIN, Mme Claude GUILLEMAIN, M. René JAMES, M. André JOUBERT, Mme Denise LAMAISON, M. Michel LAVÉDRINE, M. Gérard LESAGE, M. Jean-Marie LIMAL, Mme Françoise LIZÉ-DUBOIS, M. Pierre MACHEFER, M. Jean MALLET, Mme Marie-Thérèse MOIGNET, M. Patrick MORNET, Mme Christiane MULOCHER-GAIRE, M. Michel PENNEAU, Mme Joëlle REMY, M. Charles-Marie REYE, M. Bernard SARTON du JONCHAY.   membres associés. 

S’Étaient fait excusér :
Mme Monique ASTIÉ, M. Yves BARTHET, M. Régis de BELENET, M. Sylvain BERTOLDI, Mme Elisabeth du Réau, M. Maurice FAËS, M. Claude FERRAND, M. Luc LARGET-PIET, M. Bernard RICHE, M. Edmond RUBION, Mme Florence SOULEZ-LARIVIÈRE, M. Georges TIRAULT.   membres titulaires. 

Mme Simone BÉGUIER.   membre titulaire honoraire 

M. Jérôme BODIN, M. Philippe BONEF, Mme Luciole BOUCHÉ, Mme Laurence CHARVOZ, M. Benoît DELTOMBE, Mme Margreet DIELEMAN, M. Pierre-Anne FORCADET, Mme Frédéricque FORCADET-BODIN, Mme Pascale GRÉMONT, M. Gérard JACQUIN, M. Dominique MAILLARD, M. Olivier MARTIN, Mme Chantal MAUGEAIS, M. Jean MAUGEAIS, M. Yves NAUD, M. Philippe PICHOT-BRAVARD, Mme Hélène POLOVY, Mme Sylvette ROBSON, M. Jacques ROUESSÉ, M. Furcy SOULEZ-LARIVIÈRE, Mme Françoise TÊTU DE LABSADE, M. Alain TRICOIRE, Mme Anne de VAUTIBAULT. membres associés. 

	La séance a été ouverte par le président qui a fait part à l’assemblée du décès de :
- M. Claude CHÉREAU, membre titulaire depuis 1978. Spécialiste des questions agricoles, il avait, à ce titre, été conseiller technique au secrétariat général de la Présidence de la République (1988-1990) et auprès du Premier Ministre (1997 à 2000). Il avait été nommé ambassadeur auprès de la FAO de 2000 à 2003 et avait été récemment président de la Commission du dialogue sur l’aéroport Notre Dame des Landes. 
	Il a donné ensuite la parole à Mme Christiane Astoul, puis à M. Jérôme Cambon pour présenter leurs communications.

« Louis Chaigne et la Renaissance littéraire catholique. » par Mme Christiane Astoul.
	La correspondance quasi-quotidienne adressée par Louis Chaigne à son ami permet de saisir à sa source la formation intellectuelle, politique et spirituelle de ces jeunes catholiques du début du XXème siècle. L’exposé s’attache plus particulièrement à présenter l’évolution religieuse de Louis Chaigne, à travers ses lectures et ses engagements. Il essaie de répondre à la question suivante : Comment dans l’isolement qui est le sien, à Talmont-Saint-Hilaire en Vendée, Louis Chaigne va-t-il s’agréger au mouvement que l’on a désigné sous le nom de « renaissance littéraire catholique »  et se retrouver à Paris à collaborer à la prestigieuse revue Les Lettres, qui regroupe l’essentiel des intellectuels catholiques de ce temps ?   


Extraits des débats

M. Georges Cesbron : A demandé des éclaircissements sur deux points, d’une part, au sujet de « La nouvelle revue des jeunes », qui avait paru pendant les années d’occupation et qui a cessé ses activités en 1944. Peut-on dire que Louis Chaigne a eu des connivences avec les prises de positions du Maréchal ? D’autre part, au sujet de la correspondance qu’il a entretenue en 1943 avec Simone Weil. Assurément on ne peut le rapprocher de celle qui s’était engagée dans les brigades internationales pendant la guerre d’Espagne, cependant elle a écrit, en 1942, un ouvrage sur l’enracinement qui serait en opposition avec une obédience purement socialiste.
R : Simone Weil a beaucoup évolué entre les deux guerres. Au départ, elle était profondément pacifiste, puis elle a changé progressivement au cours de l’occupation et s’est engagée, à Marseille, dans la Résistance. Elle a été très affectée de ne pas se voir confier des responsabilités pour agir. Dans son ouvrage sur les auteurs, Louis Chaigne est resté très elliptique sur Simone Weil ; il est néanmoins un écrivain de l’enracinement « je plains celui qui ne connaît pas de petite patrie». La conversion de Simone Weil a dû la rapprocher de cet écrivain catholique. 
Pendant la guerre, il a pris la direction de « La voix de la Vendée » qui avait été créée sous le patronage de l’évêché. L’Eglise s’en était éloignée à la suite de la parution d’écrits émanant d’un chanoine qui avait pris des positions antisémites. C’est dans ces conditions que Louis Chaigne en a pris la direction. Il s’est montré maréchaliste, mais pas collaborationniste. Certains auteurs de cette revue ont été proches de l’occupant.

M. Daniel Couturier : Au moment de la rédaction de mon ouvrage sur Charles Baussan, j’ai pris contact avec l’association des écrivains catholiques. J’ai eu l’occasion d’être admis dans leurs réunions, où se rencontraient le père Riquet, le duc de Castries, Mgr Poupart alors recteur de l’Institut Catholique de Paris, Jacques Maritain, Louis Chaigne et Gilbert Cesbron. Au cours des repas, ils évoquaient les disparus François Mauriac, Henri Bordeaux, Jacques de Bourbon-Busset, Edmond Michelet. Louis Chaigne m’a reçu chez lui, rue Garancière, et je garde très présente la bonté extraordinaire qui émanait de son regard.
M. Jacques Maureau : Quels rapports avait-il avec la JAC, la JEC, la JOC et les autres mouvements catholiques.
R : On ne peut pas dire qu’il est à l’origine de ces mouvements. Il a essayé de créer à Talmont, région du sud de la Vendée, où les radicaux socialistes étaient très implantés, une section de l’ACJF, mais ce fut un échec. Il a pu se déplacer à la Roche sur Yon pour des congrès vendéens. Il ne pouvait voyager que difficilement en raison de son handicap. Il allait à Nantes par les Sables d’Olonne pour se faire façonner des chaussures orthopédiques.  

« Alain et l’objet musical : une tentative de synthèse entre les philosophies cartésienne, kantienne et hégélienne. » par M. Jérôme Cambon. 
Figure particulière de la philosophie française du XXème siècle, Alain appartient à ces intellectuels participant à une démiurgie politique par son implication dans le débat public. Inventeur d’un « journalisme philosophique », il propose une littérature prolixe et singulière. Inspirés par l’actualité et le quotidien, les Propos sensibilisent notamment le public à des domaines variés et inattendus, les commentaires sur les arts occupant une place spécifique.
Son analyse du phénomène musical s’inscrit dans une problématique portant sur l’esthétisme dans les arts appréhendé dans un ouvrage certes majeur, Système des Beaux-arts, mais méconnu, sa portée étant encore à apprécier. Empruntant aux théories cartésiennes, kantiennes et dans une moindre mesure, hégéliennes, le philosophe traite des différentes composantes musicales – rythme et mélodie, musique vocale et instrumentale, procédés d’écriture et de composition, genres et expression – en les soumettant à une synthèse critique entre ces différents courants de pensée.
Il s’agit aussi de déterminer la pertinence et l’originalité d’une telle démarche. Dans quelle mesure parvient-elle à renouveler le regard porté sur la dynamique esthétique d’une production musicale malgré des références philosophiques a priori contradictoires ? En quoi cette approche conduit-elle à une réflexion cohérente et novatrice ? Quel intérêt accorde finalement l’écrivain à la création artistique, dont l’œuvre se partage entre une dimension morale, conjuguant raison et générosité, et une esthétique la rapprochant de la critique littéraire réfutant le matérialisme ?


Extraits des débats

M. Christian Brégeon : Alain était un théoricien pur. Avait-il des émotions véritables ?
R : Il avait un côté «terre à terre», reflet des liens très forts qu’il entretenait avec le milieu rural. Il venait du Perche, il était natif de Mortagne. Certes il était rationnel, mais il était aussi sensible, comme le montrent ses écrits. Il avait une réceptivité artistique. Il est toujours difficile de relier les œuvres d’un auteur avec les caractéristiques de sa vie quotidienne. Alain a aimé deux femmes d’une véritable passion, mais n’a épousé ni l’une, ni l’autre. Il aimait les règles, mais il savait aussi sans détacher. Il a été reconnu de son vivant par ses pairs, mais sans obtenir pourtant une nomination à une chaire universitaire, comme il le souhaitait. Son apprentissage de la musique s’est fait dans la fanfare locale, il a pratiqué un peu le piano et a fréquenté les musiciens. Il connaissait les instruments, les rapports à la matière. Il ne faut pas voir en lui un homme rigide et fermé.     

M. Daniel Couturier : son côté humain, on peut le découvrir dans certaines pages des mémoires d’André Maurois qui était son maître.
M. Georges Cesbron : Julien Gracq avait été son élève dans la classe de khâgne d’Henri IV. Il aimait raconter qu’il avait couru derrière son maître pour lui remettre une copie et que ce dernier l’avait chiffonnée avant de la fourrer dans sa poche. Il ne devait probablement pas aimer corriger les copies.
R : Il était très structuré dans sa pensée et avait en tête tout le cheminement de ses cours. Il dispensait souvent son enseignement en se référant à des petits papiers qu’il tenait épars près de lui. 

M. Jean-Marie Limal : Il s’intéressait à l’expression corporelle. Est-ce qu’il se souciait de la dimension corporelle de la danse ?
R : On ne trouve pas de trace dans ses écrits d’un intérêt particulier pour la danse. Seulement quelques pages sur la danse, sur le mouvement. En revanche, il y a chez lui des références constantes à l’artisanat. C’est le matériau qui permet de construire l’instrument qui va générer telle ou telle musique. Il plaçait le chant au-dessus de toute forme de musique.   

Mme Yvette Dams-Monville: Nous ressentons souvent la musique autrement que les intellectuels. Le violon a parfois pris la place de la voix. Le violon transmet des messages. La technique du violon varie avec chaque compositeur. La couleur du violon, le chant du violon différent chez les classiques, les romantiques ou les baroques. Le violon de Mendelssohn est très différent du timbre du violon de Tchaïkovski. 

M. Georges Cesbron : y a-t-il d’autres théoriciens de la musique ?
R : Ce n’est pas un théoricien, il s’est défendu de théoriser, ce qu’il cherchait, c’était établir des liens.

M. Jacques Maureau : Est-ce qu’il a pratiqué d’autres instruments que les appareils à vent ? A- t-il pratiqué le chant choral ?
R : Il a pris des leçons et joué en duo, mais ne s’est jamais produit en public. Il avait une vision idéale du chant, mais ne le pratiquait pas. Le chant était pour lui un modèle de pureté qui trouve son inspiration dans les états d’âme du peuple.


Carnet de l’Académie

Décès : 
L’Académie qui était représentée par M. Christian Brégeon, secrétaire général, aux obsèques de M. Claude Chéreau, à Sablé, exprime sa vive sympathie à son épouse et à sa famille.

Prochaines communications
Vendredi 16 mai 2014

16h00 : Séance publique 
« Un regard sur les Humbles au début du XIIe siècle : le cartulaire de Saint Jacques de Gré.» par M. Michel Pecha-Soulez. 

« Quelles perspectives pour l’Union européenne ? » par M. Guy Legras.
L’Union européenne traverse une crise profonde. Les prochaines élections européennes risquent de faire apparaître une forte poussée du populisme et de sentiments hostiles à la construction européenne. Pourquoi cette désaffection de l’opinion publique, et pas seulement en France ? Quelles sont les causes de la crise ? Quelles sont, pour les années à venir, les perspectives qui s’offrent à l’Union européenne ?




Olivier d’Ambrières 
Secrétaire Général

Directeur de la Publication : Jean-Claude REMY.
Imprimé par nos soins.
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Dépôt légal avril 2014							      Tél.   : 09. 61 .46. 99. 35
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